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mercredi 13 janvier 2016

L’ESPRIT. L'énigme de la mort -(14). Moustafa MAHMOUD


 

Si je m’identifie à la faim que je ressens,
comment m’est-il possible de la dompter ?

Qui es-tu ?
Qui êtes-vous ?
Qui sommes-nous ?
Face à ces questions, les matérialistes ne s’embarrassent pas de détails. Selon eux, nous sommes des corps, rien de plus. Nous vivons, nous mourons… c’est tout ! Il n’y a rien après, tout comme il n’y avait rien avant.
Les corps ont un passé. Ils sont présents aujourd’hui. Demain, ils se désagrègeront et redeviendront poussière. L’histoire finit là. Il n’y a rien ici-bas en dehors de la matière.
Au début, était la matière. Elle a évolué et est devenue homme. Demain, l’homme disparaîtra. Le rideau se fermera sur le dernier acte de la tragédie… Voilà des réalités objectives. Soyons donc nous-mêmes objectifs ! Rien n’existe que les réalités objectives. Or le corps en fait partie, puisqu’il est possible de l’étudier, de l’ausculter, de le disséquer.

Cette solution est facile, trop facile !
Elle émane de quelqu’un qui ne se donne pas la peine de regarder sous la peau, à l’intérieur de lui-même.
Tu peux lui dire : « Le corps n’est pas l’homme. Il renferme une âme qui n’est pas quelque chose d’objectif, mais une réalité subjective. Lorsqu’il est question de l’homme, un Moi-sujet fait toujours face à l’objet… », il te répondra : « Le Moi ? L’âme ? Ce ne sont que des stimuli comme la faim, le désir sexuel, la peur… tous ces signes par lesquels le corps perçoit ce dont il a besoin. L’âme est un appendice dont l’existence est tout à fait secondaire. Elle a pour rôle d’être au service du corps. Elle est un ensemble de réactions s’accumulant jour après jour lorsque le corps est affronté à son milieu et aux conditions dans lesquelles il vit. En fin de compte, il se peut qu’elle soit, elle aussi, un objet. »

Un objet ?
Par rapport à qui ?
Un objet pour les autres ? Mais comment, puisqu’ils ne le voient pas ? Ils ne savent pas qu’elle existe, sinon par déduction à partir des manifestations extérieures du comportement. De surcroît, la plupart de ces manifestations sont menteuses. Chacun de nous joue un personnage face à autrui et face à lui-même. Il est rare que notre comportement extérieur traduise ce que nous sommes.
L’âme serait-elle alors un objet pour celui qui la possède ?
Nous avons tous fait l’expérience que l’âme, une fois prise comme objet, se fige et se transforme en cadavre sous le scalpel de l’analyse. Elle se dissimule et fuit d’entre nos mains, vu qu’elle ne saurait être un objet. On ne peut la placer sous un microscope comme une feuille d’arbre, car son essence est au premier degré de la subjectivité et sa réalité est d’être le revers de l’image : elle est sujet par rapport au corps-objet. Ces deux pôles – sujet et objet – sont les deux faces d’une même réalité. Si nous connaissons la matière comme étant tout ce qui est objectif, il nous est indispensable de reconnaître qu’il y a, dans l’existence, autre chose que la matière, à savoir l’autre face de la réalité : le Moi-sujet.
Pour revenir à la définition simpliste, vue précédemment, selon laquelle le Moi et l’âme ne seraient qu’une suite de stimuli et d’indicateurs par lesquels le corps percevrait ses besoins (soif, faim, désir sexuel, peur…), nous constatons que cette explication est extrêmement faible et limitée. Telle n’est pas, en effet, la réalité de l’âme et de l’homme.
L’homme sacrifie sa bouchée de pain, sa demeure et son lit douillet pour poursuivre des buts et des idéaux on ne peut plus abstraits comme la justice, la vérité et la liberté. Où sont ici les appétits charnel et sexuel ?
Et le prolétaire vietnamien mourant sur son canon pour un lendemain qui n’est pas encore venu ? Il est une preuve évidente que l’âme et le Moi sont une réalité bien supérieure au corps, et non un complexe de besoins sensibles se reflétant dans un miroir intérieur. Cette volonté supérieure qui oublie et sacrifie le corps est d’une nature supérieure. Elle commande au corps et le contrôle. Elle n’en est pas un appendice.
Si je m’identifie à la faim que je ressens, comment m’est-il possible de la dompter ?
Le simple contrôle intérieur exercé sur l’ensemble des membres du corps et sur chacun des instincts est la preuve manifeste de l’élément supérieur et transcendant dont se compose le Moi humain.
Par l’âme, je commande au corps.
Par la raison, je commande à l’âme.
Par la clairvoyance, je pose des limites à la raison.
Cette hiérarchie démontre concrètement l’existence de l’esprit comme réalité supérieure au corps. Il le gouverne et n’en est pas un appendice qui mourrait avec la disparition du corps.
Quiconque prétend que l’homme est un ensemble de fonctions physiologiques, et rien d’autre, se doit de nous expliquer où va cet homme au moment du sommeil. Nous constatons alors que toutes les fonctions physiologiques restent en activité. Les réflexes fonctionnent tous régulièrement. Le bras réagit à la piqûre de l’épingle en se contractant. Le cœur bat. La respiration est régulière. Les glandes sécrètent. Les intestins se recroquevillent. Les organes génitaux sont en état d’excitation… Et pourtant, nous sommes en présence d’un homme endormi qui ressemble davantage à un arbre, tout simplement, ou à un animal. Il semble doté d’une vie élémentaire pas différente de celle des insectes. Où donc est l’homme ?
Le réveil qui fait suite au sommeil, exemple en réduction de la résurrection après la mort, nous révèle à nouveau cet élément transcendant qui réapparaît dans le corps endormi. Tout à coup, sans les préambules d’un Hitler, d’un Néron ou d’un Caligula, voici le gisant, tel un taureau paisible, qui s’éveille pour tuer, piller, détruire, exterminer. La différence est, certes, impressionnante. Elle est trop grande pour être expliquée par un enchaînement physiologique quasi instantané.
Si les matérialistes voient en l’homme un ensemble de réactions, un corps créé de poussière et condamné à finir en poussière, leur représentation est tributaire d’une grossière simplification. Ils cherchent une solution facile pour se débarrasser d’une question sans y répondre vraiment.
Je ne comprends pas comment ils en sont venus à admettre une plaisanterie de ce genre, face à la merveilleuse précision d’un monde où chaque atome est une preuve d’ordre et de beauté et où tout effet est le résultat d’un enchaînement causal. Un monde où la mort est au service de la vie et où l’homme sacrifie sa vie à tout instant pour les buts et les idéaux les plus abstraits… un monde où rien ne s’évanouit en fumée.
Comment l’homme, lui, la plus noble des créatures, pourrait-il être réduit au néant et disparaître sans laisser de traces ?

Arrêtons-nous maintenant à un autre constat qui mérite réflexion : la nature et les caractéristiques du mouvement.
Le mouvement ne peut être observé que de l’extérieur.
Tu ne peux le percevoir si tu es pris toi-même dans sa sphère. Pour ce faire, tu as besoin de t’arrêter à un seuil extérieur pris comme point d’observation.
Lorsque tu te trouves dans l’ascenseur en marche, il est un moment où tu ignores s’il est arrêté ou s’il est en mouvement, car tu ne fais qu’un avec lui dans son mouvement. Pour le savoir, il te faut regarder par la porte le palier qui demeure immobile à l’extérieur.
Tu as la même sensation dans un train qui roule doucement sur les rails. Si tu es à l’intérieur de ce train, tu perçois son mouvement uniquement à l’instant où il se met en marche, ou bien lorsqu’il commence à ralentir pour s’arrêter, ou encore lorsque tu regardes par la fenêtre le quai qui demeure immobile à l’extérieur.
De même, tu ne pourrais observer le soleil si tu te trouvais à sa surface, mais tu le peux à partir de la lune ou de la terre. Tout comme tu ne peux observer la terre alors que tu y habites ; mais cela t’est possible à partir de la lune.
Tu ne peux saisir une situation que de l’extérieur.
La perception prouve de façon certaine l’existence de deux éléments : l’objet perçu et l’âme qui le perçoit du dehors.
C’est pourquoi il nous serait impossible de connaître le cours du temps s’il n’y avait pas en nous une partie cognitive qui s’arrête à un seuil extérieur séparé du flux temporel continu.
Si notre faculté de connaissance sautait à tout instant avec l’aiguille des secondes, nous ne pourrions jamais percevoir ces dernières. Notre perception passerait comme passent les secondes, sans rien remarquer.
Nous parvenons ainsi à un résultat surprenant qui mérite beaucoup d’attention.
Nous voici devant une réalité humaine dont une partie est immergée dans le temps. Elle passe comme le temps. Avec lui, elle croît, vieillit et tombe en décrépitude. C’est le corps.
Une autre partie est en dehors du temps. Du seuil d’où elle l’observe, impassible, elle le perçoit sans être emportée par lui. Pour elle, point de croissance ni de vieillesse. Point de décrépitude ni de disparition. Le jour où le corps retombera en poussière, elle demeurera telle qu’elle est, vivant de sa vie propre, une vie intemporelle. Nous ne trouvons à cette seconde partie d’autre nom que celui transmis par les religions : l’esprit.
Chacun de nous peut saisir au-dedans de lui-même cette existence spirituelle, une existence différente dans sa spécificité de l’existence extérieure, trépidante et changeante qui est emportée par le flot des mutations environnantes.
Chacun d’entre nous peut sentir en lui un état de présence, de durée, de pleine évidence, un état où il se sait être lui-même, continuellement, et à la fois totalement différent de l’être matériel qui est pris dans le changement, l’instabilité et l’agitation du temps extérieur.
Cet état que nous percevons aux moments de lucidité intérieure et que j’ai appelé « état de présence », c’est la clé nous acheminant vers l’existence de l’esprit qui nous habite. Elle met à notre portée cette énigme qui a pour nom l’esprit, l’absolu, l’abstrait.
Quand nous discernons la beauté, la vérité et la justice et que nous les distinguons de la laideur, de l’erreur et de l’oppression, nous nous servons à chaque fois d’un critère d’appréciation extrinsèque. Nous évaluons à partir du même seuil : celui de l’esprit, car l’existence spirituelle est aussi représentée en nous par la conscience, de même que nous en voyons des indices dans le sens esthétique et le sentiment caché qui distingue le vrai du faux.
Ce seuil extratemporel est-il l’éternité ? Ou bien un temps différent du nôtre et calculé autrement ? Un temps selon lequel, comme il est dit dans le Coran, chaque jour équivaut à mille années ?

« Un seul jour, pour votre Dieu, est comme mille ans d’après votre façon de compter. »
(Coran : 22, 47)

Ces jours qui ne sont pas les nôtres ont été interprétés par les commentateurs de toutes les manières possibles, bien que nous ne soyons pas en mesure de comprendre en détail ce qu’ils représentent. Il est très probable qu’il s’agisse de simples allusions, de symboles suggérant la vérité sans l’exposer clairement. En effet, l’élucidation de la réalité et de la nature de l’esprit dépasse notre entendement. Mais quant à établir l’existence de l’esprit, cela est possible et même nécessaire.
Sans doute l’esprit est-il le label de garantie laissé par le Créateur en chacun de nous, comme une trace de ses mains. Sans doute participe-t-il de l’Esprit divin insufflé en nous, comme un don de Dieu, une étincelle de sa Lumière sacrée, un rayon de son Soleil éternel. Telle est l’image que nous donnent de l’esprit les religions. C’est la plus vraisemblable, la plus belle.
Nous ne sommes pas loin de la vérité si nous reconnaissons en cet esprit la liberté, notre liberté intérieure et cachée dans les profondeurs secrètes de notre âme. Le Créateur a voulu que ces profondeurs soient dégagées de toute entrave. Il les a mises à l’abri de toute intrusion, en postant ses gardes à l’extérieur. Il en a fait un saint des saints interdit à quiconque, sauf au maître de céans.
Dans le secret de nos personnes, nous disposons, comme le Créateur lui-même, d’une volonté et d’une liberté de choix. Pour cette raison, Dieu nous a délégués sur cette terre, faisant de nous des maîtres souverains. C’est pour nous un test, une épreuve au terme de laquelle nous serons interrogés et aurons à rendre des comptes. L’ordre sera alors rétabli et chacun héritera du rang qu’il aura mérité.
La sphère des profondeurs cachées de l’âme est celle de la liberté, celle sur laquelle nous serons interrogés. La valeur des actes tient aux intentions qui les guident et c’est sur elles que tout homme sera jugé. Dans sa Science, Dieu observe cette sphère de l’intention et des pensées secrètes. Il basera sur elle son Jugement, car c’est en elle que réside la liberté.
La contrainte et les entraves naissent dès que nous sortons de cette sphère secrète de l’âme pour parvenir au domaine de l’action et de sa réalisation concrète dans le monde matériel. Alors, les libertés s’entrechoquent ; elles sont confrontées aux circonstances environnantes et à la société.
La Volonté divine intervient aussi pour faire obstacle au mal commis par les méchants et pour faciliter le bien. Elle fait montre de miséricorde en allégeant les torts que nous pouvons nous causer mutuellement. Elle assiste chaque homme en lui ouvrant les possibilités qui sont conformes à sa conscience et à son mérite.
C’est pourquoi il revient au même, selon moi, d’affirmer que Dieu m’a créé un esprit et d’affirmer qu’Il m’a créé libre, qu’Il a fait de moi un individu absolument unique. Chacune de ces expressions explique l’autre. Elle décrit, des profondeurs de l’âme, ce que je ne peux voir ou toucher, ce à quoi je ne trouve pas de termes adéquats.
Dans le domaine de l’esprit, nous sommes limités aux allusions et aux symboles, car nous nous trouvons à un seuil en dehors du temps, en dehors de toute réalité sensible et visible.

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Vider avant de remplir. "Fawâ’id Ibn Al-Qayyim"


On ne peut remplir un récipient d’une substance qu’à condition de l’avoir préalablement vidé de toute substance contraire.
C’est le cas pour les personnes physiques et les entités matérielles, mais également pour les croyances et les volontés : Si le cœur est rempli de fausses croyances et de faux désirs, il ne restera plus de place pour croire en la vérité et l’aimer.
De la même manière que celui qui utilise sa langue pour parler de ce qui n’est d’aucun profit, ne pourra l’utiliser pour parler de ce qui lui est profitable, sauf s’il cesse de parler de ce qui est vain.
De même, si les membres sont utilisés dans la désobéissance, ils ne peuvent être utilisés dans l’obéissance qu’en cessant de pratiquer ce qui s’y oppose. Ainsi, si le cœur occupé par autre que l’amour d’Allah ta’ala , le désir d’aller vers Lui et Sa compagnie , il ne pourra être occupé par l’amour d’Allah , Sa volonté , Son amour et le désir de Le rencontrer qu’en étant vidé de tout attachement à autre que Lui .
Parallèlement, la langue ne peut se consacrer à Son évocation et les membres se mettre à Son service, qu’en cessant d’évoquer ou de servir autre que Lui.
Si le cœur est totalement occupé par les créatures et les sciences qui ne sont d’aucune utilité, il ne restera plus de place pour l’occuper par Allah ta’ala , Sa connaissance , Ses noms , Ses attributs et Ses jugements . Le secret permettant de saisir pleinement ce concept réside dans le fait que l’ouïe du cœur est semblable à celle de l’oreille. Si le cœur écoute autre chose que la parole d’Allah, il ne restera plus de place pour écouter et comprendre Sa parole.
De même s’il penche vers l’amour d’autre qu’Allah, il ne restera en lui aucun penchant vers l’amour d’Allah. S’il prononce des paroles autres que l’évocation d’Allah, il ne restera en lui aucune place pour Son évocation, de la même manière que pour la langue.
C’est pourquoi, il est rapporté dans les deux recueils authentiques que le Prophète sallallahu‘alayhi wa sallam a dit : « Remplir son ventre de pus jusqu’à satiété est meilleur que de le remplir de poésie »
Il a donc montré que le ventre pouvait être rempli de poésie.
Il peut donc , de la même manière , être rempli d’ambigüités , de doutes , d’illusions , de fausses conceptions , de sciences inutiles , de plaisanteries , de blagues , d’histoires , etc .
Si le cœur est rempli de ces choses, les vérités du Coran et la science par laquelle il atteindra la plénitude et le succès ne trouveront aucune place et ne seront pas acceptées.
Ces vérités passeront alors leur chemin et se rendront vers un autre lieu.
De la même manière, lorsque l’on conseille un cœur rempli de son contraire, ces conseils ne pourront jamais le pénétrer.
Le cœur ne les acceptera pas et ils ne resteront pas en lui.
Ils passeront à côté de lui comme des voyageurs et non des résidents.
A ce sujet, les vers suivant sont à méditer : Purifie ton cœur de tout autre que nous et tu nous trouveras. Car notre voisinage est ouvert à qui purifie son cœur.
La patience est l’énigme menant au trésor de notre amour.
Celui qui résout cette énigme obtiendra son trésor.
Et c’est Allah qui accorde le succès.