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vendredi 30 septembre 2016

La demeure spirituelle du désir ardent -manzilatu-sh-shawq - par Ibn Al-Qayyîm Jawziyyah-Madarij as-Salikine-Sentier des itinérants



La demeure du désir -shawq- relève de la parole divine : " C’est Toi que nous adorons et c’est à Toi que nous demandons aide."

Allah — exalté soit-Il — a dit : " Pour celui qui espère la rencontre d’Allah, sûrement arrive le terme fixé par Allah

Certains exégètes disent qu’il s’agit dans ce verset d’une consolation et d’un réconfort pour les nostalgiques. [C’est comme si Allah leur disait :] « Celui qui espère Ma rencontre, Je sais que Je lui manque. Je lui ai fixé un terme qui est proche et qui arrivera inéluctablement car tout ce qui doit arriver est proche. »

Le Prophète disait dans l’une de ses invocations : « Je te demande le plaisir de regarder Ta face et de m’inspirer l’ardent désir de Ta rencontre. »

Certains savants ont dit : « Le Prophète avait en permanence un ardent désir de rencontrer Allah. Son désir de Le rencontrer ne se calmait jamais. Le désir se compose de cent parties, quatre-vingt-dix-neuf pour lui et la partie qui reste est partagée entre les membres de sa communauté. Et il a voulu par cette invocation que cette partie qui reste soit ajoutée au désir qui lui est propre. »

Le désir -shawq- est un des effets de l’amour et une de ses exigences. C’est le voyage du cœur vers le Bien-Aimé quel que soit son état. L’amour est plus éminent que le « shawq » car celui-ci est issu de lui. Autant l’amour est intense, autant le désir est ardent et vice-versa.

Yahyâ b. Mu`âdh a dit : « Les sens qui se sèvrent du désir concupiscent montrent un signe de la validité du shawq. »

Abû `Uthmân a dit : « Le signe du shawq c’est le désir de la mort alors qu’on est sain et sauf, comme le cas de Yûsuf (Joseph) — paix sur lui — qui lorsqu’il a été jeté au fond du puits, n’a pas dit [à Allah] : « Fais-moi mourir » ni lorsqu’il a été jeté en prison mais c’est seulement après avoir joui du pouvoir, de la sécurité et d’une grande grâce divine, qu’il a dit :"fais-moi mourir en état de parfaite soumission." »

Ibn Khafîf a dit : « Le shawq c’est le repos des cœurs du fait d’une extase intérieure -wajd- et un désir de rencontrer Allah inspiré par le rapprochement de Lui par les œuvres pies. »

Les degrés du shawq

Il comporte trois degrés.

Premier degré :

C’est l’ardent désir de l’adorateur pour le Paradis afin que se rassure le craintif, se réjouisse l’attristé et gagne l’aspirant.

Cela veut dire que l’ardent désir de l’adorateur d’accéder au Paradis renferme trois sagesses :

La première est l’obtention de l’assurance qui incite l’espérance, car la crainte dénuée de toute assurance n’incite pas la personne à agir. Une personne privée de toute assurance devient désespérée.

La deuxième, c’est la joie que ressent l’individu attristé. En effet, la tristesse dépouillée de joie est mortelle. Sans le souffle vital de la joie, les forces de l’attristé finissent par chuter et la tristesse par l’accabler.

La troisième c’est la fureur de vaincre dans le sens de la réussite et du gain, car l’aspirant qui n’accompagne pas son espoir d’une « fureur de gagner », voit son espoir s’évanouir.

Deuxième degré :

C’est le désir ardent d’Allah semé par l’amour et qui pousse sur les rivages de la grâce [divine]. Ainsi le cœur de l’aspirant s’attache à Ses attributs sacrés, ce qui inspire en lui le désir ardent de voir les grâces émanant de Sa générosité, les signes de Sa bonté et les marques de Sa faveur.

Aussi faut-il souligner que le désir ardent d’Allah n’est pas incompatible avec le désir ardent du Paradis, car ce qu’il y a de meilleur dans le Paradis, c’est la proximité d’Allah, la contemplation de Son visage, l’écoute de Sa parole et le fait de jouir de Son agrément. Tandis que le désir ardent de manger, de boire et de jouir des Houris aux grands yeux noirs est un désir déficient comparé au désir des amants de rencontrer Allah, on peut même dire que celui-ci est incomparable.

Ce désir comporte deux degrés dont le premier est celui d’un désir semé par l’amour et dont la cause est la bienfaisance et la générosité [divines]. C’est à ce désir que le shaykh [al-Harawî] fait allusion quand il a dit : « qui pousse sur les rivages de la grâce [divine] ». Ce qui inspire un tel désir, c’est la contemplation de la générosité d’Allah, Sa bienfaisance et Sa grâce.

Dans la parole [du shaykh al-Harawî] : « Ainsi le cœur de l’aspirant s’attache à Ses attributs sacrés », il entend par « attributs » ceux relatifs à la grâce et la bienfaisance, comme le Bon, le Généreux, le Bienfaisant, le Libéral, le Donateur, le Pardonnant, etc.

Sa parole : « Ses attributs sacrés » signifie qu’ils sont purs et transcendants, loin au-dessus des interprétations métaphoriques -ta’wîl- des adeptes de la falsification -muharrfûn-, du tashbîh des assimilationnistes et du dénudement -ta`tîl- des négationnistes 

Nous avons précisé que le shaykh visait spécialement les attributs précités et ce pour deux raisons :

La première, c’est que l’attachement du cœur aux attributs généraux d’Allah se situe dans le troisième degré.

La deuxième, c’est qu’il a considéré que ce désir a pour fruit le désir du serviteur de voir les grâces émanant de la générosité du Seigneur, les signes de Sa bonté à son égard et les marques de Sa faveur.

Troisième degré :

C’est un feu attisé par la pureté de l’amour qui a troublé la vie [de l’aspirant], le privant de toute consolation, si bien que rien ne calmera ce feu sauf la rencontre ultime.

Cela veut dire que le désir, dans ce degré, est comparable à un feu déclenché par la pureté de l’amour qui est sa sincérité. Le shaykh [al-Harawî] l’a assimilé au feu car il s’enflamme dans le for intérieur de l’aspirant.

Dans la parole du shaykh : « la pureté de l’amour » il y a une indication que c’est un amour qui n’a pas été suscité par les dons et les bienfaits mais qui est attaché à l’essence d’Allah et à Ses attributs.

Sa parole : « a troublé la vie » signifie qu’il a empêché l’aspirant de trouver la quiétude dans les plaisirs de la vie.

La consolation consiste à se délivrer du chagrin d’amour, à le jeter derrière soi et à se détourner du bien-aimé en essayant de l’oublier. Or ce feu prive l’aspirant de cette consolation. Aucune forme de patience ne résiste à ce feu et rien n’apaise l’esprit de l’aspirant sauf la rencontre de son Seigneur.


Ce désir peut s’intensifier et se dépouiller de la patience pour devenir de l’inquiétude. C’est ainsi, d’ailleurs, que l’a qualifié l’auteur des « manâzil » (al-Harawî) et il a argué de la parole d’Allah, relatant ce que Mûsâ (Moïse) a dit : "Je me suis hâté vers Toi, Seigneur, pour Te contenter.

J’ai l’impression qu’il a compris de ce verset que c’est l’inquiétude qui a poussé Mûsâ à se hâter, inquiétude qu’il a expliquée par le dépouillement du désir ardent pour Sa rencontre et le désir d’être au rendez-vous. Or d’après le sens obvie de ce verset, ce qui a poussé Mûsâ à se hâter, c’est la recherche de la satisfaction de son Seigneur et que Sa satisfaction réside dans l’empressement à observer Ses commandements. C’est pourquoi, d’ailleurs, les pieux prédécesseurs ont argué de ce verset pour soutenir qu’il vaut mieux accomplir la prière au début du temps qui lui est assigné. J’ai entendu le shaykh de l’Islam soutenir un tel avis. Il a dit : « La satisfaction d’Allah réside dans l’empressement à se conformer à Ses ordres. »