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mardi 30 août 2016

La Amanat (Congage). "L'éthique du musulman" par Mohammed Al-Ghazali


L'Islam attend de son adepte qu'il ait une conscience vigilante pour préserver les droits de Dieu et ceux des hommes et pour protéger les actions contre les méfaits de l'insouciance et de la négligence. C'est pourquoi il impose au musulman d'être intègre (Amîn). Or, l’amanat aux yeux du législateur a une signification très large qui renvoie à des sens multiples qui se ramènent tous au sentiment de responsabilité que l'individu ressent dans toute affaire qu'on lui confie et à sa conviction qu'il doit en répondre devant son Seigneur selon la modalité définie par le hadîth suivant :
"Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Ainsi, l’Imâm est un berger responsable de son troupeau, l’homme est un berger dans sa famille, responsable de son troupeau, la femme dans le foyer de son époux est une bergère, responsable de son troupeau, le serviteur est un gardien des biens de son maître, responsable de ce qu'il garde". Ibn 'Omar, le rapporteur de ce hadîth, ajoute : "J’ai entendu ces phrases de la bouche du Prophète et je crois qu'il a dit aussi: l’homme est un gardien des biens de son père, responsable de ce qu'il garde" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

     Or, les gens du commun ne retiennent de l’amanat que son sens le plus étroit et le dernier dans sa classification, à savoir le fait de garder les dépôts confiés, bien que la réalité de l’amanat dans la religion de Dieu est plus grande et plus pesante. C'est une obligation que les musulmans se recommandent les uns aux autres de préserver et ils demandent le soutien de Dieu pour la sauvegarder. C'est tellement vrai que, lorsque le fidèle s'apprête à partir en voyage, son frère lui dit: "Je confie à Dieu ta Foi, ta amanat et tes actions ultimes" [ Rapporté par At-Tirmidhî ].

     En plus Anas rapporte ceci: "Chaque fois qu'il nous faisait un prône, l’Envoyé de Dieu disait toujours: Point de Foi pour celui qui n'a pas d'amanat. Point de religion pour celui qui ne respecte pas son engagement" [ Rapporté par Ahmad ].

     Comme le bonheur suprême consiste pour l’homme à se prémunir contre une vie malheureuse ici-bas et un mauvais retournement dans la Vie future, l'Envoyé de Dieu a réuni dans son imploration de refuge auprès de Dieu contre ces deux états en disant: "Ô mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de toi contre la faim, car c'est le pire Compagnon, et je cherche refuge auprès de Toi contre la traîtrise, car c'est la pire des doublures" [ Rapporté par Abû Dâwud ]. En fait, la faim est une perte de la vie et la traîtrise est une perte de la Foi.
     Du reste, au cours de la première partie de sa vie, avant l'annonce de sa Mission, l'Envoyé de Dieu était surnommé al-Amîn (l’Intègre) parmi son peuple.
     De même, les signes de l’amanat se sont manifestés dans l'attitude de Mûssa (Moïse) lorsqu'il abreuva les bêtes des deux filles de l’homme pieux de Madian en les traitant avec bienveillance, en respectant leur féminité et en se comportant envers elles avec piété et noblesse :
{Mûssa abreuva leurs bêtes, puis il se retira à l'ombre. Il dit: Mon Seigneur! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! Une des filles vint à lui en s'approchant avec pudeur. Elle dit: Mon père t'appelle pour te récompenser d'avoir abreuvé nos bêtes. Mûssa se rendit auprès de lui et lui raconta son histoire. Le vieillard dit: Ne crains rien! Tu viens d'échapper aux injustes. Une des deux filles dit: ô mon père! Engage-le à ton service, moyennant salaire. Il est vraiment le meilleur de ceux que tu pourrais engager. Il est fort et intègre} [ Sourate 28 : versets 24-26 ].
Cet épisode s'est déroulé avant l'avènement de la Mission de Mûssa et son Envoi au Pharaon.

     Ceci est indéniable, car les envoyés de Dieu sont choisis parmi les meilleurs hommes de souche et de caractère nobles. C'est dire que l'âme qui demeure attachée à la vertu malgré l'extrême pauvreté et la solitude due à l'éloignement ne peut être que celle de L’homme fort et intègre. Car la sauvegarde des droits de Dieu et ceux des humains exigent un caractère moral que n'affecte pas la succession des joies et des peines. Voilà la substance de l'amanat.

      Parmi les sens de l’amanat il y a le fait de placer chaque chose à l'endroit qui lui convient et qu'elle mérite. Ainsi, on ne confie un poste qu'à celui qui mérite de l'assumer et on ne nomme à une fonction que l’homme dont la compétence l'élève à ce niveau. Du reste, le fait de considérer les mandats et les fonctions publiques comme des charges et des amanat est parfaitement attesté dans plusieurs traditions :
     En effet, Abû Dhar  rapporte ceci: "J'ai dit: Ô Envoyé de Dieu! Si tu m'engageais comme responsable! Il a frappé de sa main mon coude puis il a dit: ô Abû Dhar ! Tu es faible, et c'est une amanat. Et au Jour de la Résurrection, c'est une source de honte et de regret, sauf pour celui qui l’a assumé selon les exigences requises et s'est acquitté de ses obligations envers elle" [ Rapporté par Muslim ].

     La compétence scientifique ou pratique n'est pas nécessaire pour réformer l'âme. Pourtant l’homme peut avoir une conduite vertueuse et une Foi irréprochable, mais il lui manquera les compétences requises pour être productif et utile dans une fonction déterminée. Ne vois-tu pas le Prophète Yûssuf (Joseph) al-Siddîq (Le Véridique) ? Il ne s'est pas porté candidat pour la gestion des Finances de l'Egypte en faisant seulement valoir sa Prophétie et sa piété mais surtout sa compétence:
 {Joseph dit (au Roi) : Confie-moi l'intendance des dépôts de ce pays, j'en serai le gardien compétent}    [ Sourate 12 : verset 55 ].
 Il en va de même de l'exemple d'Abû Dhar qui a demandé qu'on lui confie les affaires d'une province. Quand l'Envoyé de Dieu a vu qu'il n'en avait pas la compétence, il l’a mis en garde contre une telle demande.
     C'est pourquoi l'amanat exige qu'on ne choisisse pour les affaires publiques que les meilleurs hommes qui peuvent s'en charger, car si nous leur préférons d'autres hommes par simple passion ou concussion ou soumission aux exigences des liens de parenté nous aurions, en écartant l’homme compétent et en nommant l'homme incapable, commis une grande trahison. En effet, l'Envoyé de Dieu a dit:
"Celui qui nomme un homme à la tête d'un groupe en sachant qu'il y a dans ce groupe un homme qui satisfait mieux Dieu que le premier, aura trahi Dieu, son Envoyé et les croyants" [ Rapporté par Al-Hâkim ].

De même Yazîd Ibn Abû Sufyân rapporte ceci:
"Le premier Calife Abû Bakr m'a dit en m'envoyant au Sham : ô Yazîd ! Tu as des proches (là-bas) et tu vas peut-être les faire bénéficier de privilèges du fait de ton poste comme gouverneur de cette Province. C'est la chose que je crains le plus pour toi: car l’Envoyé de Dieu a dit: Celui qui a la charge des affaires des musulmans et qui nomme à leur tête un homme par favoritisme encourra la malédiction de Dieu, et Dieu n'acceptera aucune bonne oeuvre de lui et le fera jeter en Enfer" [ Rapporté par Al-Hâkim ].
     Du reste, la Nation où l'amanat n'existe pas est une nation dans laquelle le favoritisme affecte les intérêts généraux et fait fi des valeurs des fins des temps. En effet:  "Un homme est venu interroger l’Envoyé de Dieu en lui disant: Quand sonnera la dernière heure ? Il lui a répondu: quand l’amanat ne sera plus respectée, attend l’arrivée de l’Heure. L’homme a dit: Comment ne sera-t-elle plus respectée ? ll lui a dit: Quand les affaires seront confiées à ceux qui ne le méritent pas, attend l’arrivée de l’heure" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

      La signification de l’amanat implique également que l'individu s'attache à accomplir parfaitement son devoir dans le travail qui lui est confié et à déployer toute son énergie pour les mener à bonne fin. Certes, c'est cela l'amanat glorifiée par l'Islam ; l'homme doit être sincère dans son travail, il s'attache à l'accomplir minutieusement et à veiller sur les droits de gens qu'il a en charge. Le fait qu'un individu néglige et méprise ce qu'on lui a confié - même s'il s'agit d'une chose de peu d'importance conduit à des négligences dans la vie du groupe entier et à la propagation de la corruption au sein de l'édifice de la Nation et à son écroulement.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Lorsque Dieu rassemblera au Jour de la Résurrection tous les hommes depuis la première jusqu'à la dernière génération, chaque traître verra dressé à ses côtés un étendard par lequel on le reconnaîtra. On dira alors: voici la trahison d'un tel..." [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
Dans une autre version : "Chaque traître aura un étendard collé dans le dos et élevé selon sa trahison. Et il n’y a pas plus grand traître que lorsqu'il s'agit du responsable d'un groupe" [ Rapporté par Muslim ].
 C'est-à-dire qu'il n'y a pas de trahison plus grande, aux conséquences les plus graves, que celle d'un homme auquel on a confié des affaires de personnes qu'il a négligées.

      L'amanat consiste aussi en ce que l'homme n'exploite pas le poste où il a été nommé pour en tirer des bénéfices personnels ou pour ses proches, car puiser dans les deniers publics est un crime. Or, il est de notoriété que les gouvernements ou les sociétés accordent à leurs employés des salaires bien précis, donc se procurer des sommes supplémentaires par des voies détournées, c'est acquérir des gains illégaux.
     L'Envoyé de Dieu  a dit:  "Celui que nous nommons à un poste en lui fixant une rémunération, tout ce qu'il se procurera en dehors de cette rémunération sera une fraude".
 Car c'est voler l'argent de la communauté qui devrait être dépensé en faveur des nécessiteux et des défavorisés et consacré aux intérêts généraux. En effet, Dieu dit:
{Quiconque fraude, viendra avec son péché le Jour de la Résurrection. Chaque homme recevra alors le prix de ce qu'il aura accompli. Personne ne sera lésé} [ Sourate 3 : verset 161 ].
Quant à celui qui s'en tient dans sa fonction aux Règles de Dieu et répugne à trahir le devoir qu'il assure, il est considéré auprès de Dieu comme un Mujâhid qui s'active pour faire triompher la religion de Dieu et rehausser Sa Parole. L'Envoyé de Dieu  a dit:
"Quand l’homme qui a assumé une charge publique agit avec équité dans ses rapports avec ses administrés, il ne cesse d'être comme le combattant (al-Mujâhid) dans le chemin de Dieu jusqu'à ce qu'il rentre chez lui" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
     Du reste, l'Islam a beaucoup insisté sur la nécessité de s'abstenir de tout trafic d'influence et a montré beaucoup de fermeté dans le rejet des gains suspects.
     ‘Adiy Ibn Omayra rapporte ceci: j'ai entendu l'Envoyé de Dieu  dire:
"A chacun d'entre vous à qui nous confions une charge et qui nous cache depuis l'aiguille et plus, son acte constitue une fraude pour laquelle il répondra au Jour de la Résurrection. Un homme noir parmi les Ansârs (Auxiliaires) présents se leva - comme si je le voyais maintenant - et dit: Ô Envoyé de Dieu ! Décharge-moi de ce que tu m'as confié! Il lui dit: Qu'as-tu ? L’homme dit: Je t'ai entendu dire ceci et cela ...Il dit : Et moi je le dis en ce moment :  Celui à qui nous confions une charge doit apporter tout ce qu'il reçoit qu'il s'agisse de petite ou de grande valeur. Ce qui lui est permis de prendre qu’il le prenne, et ce qui lui est interdit de prendre qu'il s'abstienne de le faire" [ Rapporté par Muslim ].
     On rapporte que le Prophète a confié à un homme de la tribu des Azd appelé Ibn al-Lutbiyya la collecte de l'Aumône légale. A son retour à Médine, cet homme a dit: "Ceci est pour vous et ceci m'a été offert en cadeau». L'Envoyé de Dieu se lève alors et dit après avoir loué et complimenté Dieu:
"Soit, je confie à un homme d'entre vous une charge parmi celles que Dieu m'a confiées et il vient dire: Ceci est pour vous et ceci un cadeau qu'on m'a offert. Pourquoi ne reste-t-il pas dans la maison de son père et de sa mère pour que son cadeau vienne jusqu'à lui s'il était vraiment sincère ? Par Dieu! Chacun de vous qui s'empare illégitimement de quelque chose répondra devant Dieu le jour de la Résurrection de ce qu'il a pris et je ne reconnaîtrai aucun d'entre vous qui rencontrera Dieu en ayant à sa charge un chameau un mugissant, une vache beuglant ou une chèvre bêlant. Puis il a levé ses bras jusqu'à ce qu'on ait vu la blancheur de ses aisselles en disant: ô mon Dieu! Ai-je transmis !" [ Rapporté par Muslim ].

      La signification de l’amanat consiste aussi pour toi à méditer sur tes sens qui sont un bienfait de Dieu, sur les dons qu'Il t'a accordé en propre et sur les biens et les enfants que tu as reçus pour bien comprendre que ce sont des dépôts chers que Dieu t'as confiés. Aussi, tu dois t'en servir pour avoir Sa proximité et en user pour bénéficier de Son agrément. Si tu es éprouvé par le fait d'en être privé ne cède pas à la panique en croyant illusoirement qu'on t'a privé de tes propres possessions, car Dieu a la préséance sur toi et sur ce qu’Il t'a donné ; à Lui appartiennent ce qu'Il a pris et ce qu'Il a donné. Si tu es éprouvé par la garde de ces biens, tu ne devrais pas être lâche dans le jihâd, en être séduit dans l'obéissance ou en être rassuré dans la désobéissance.
     Allah  a dit:
{Ô vous qui croyez! Ne trahissez ni Dieu, ni Son Prophète ; vous ne respecteriez donc pas les confiés, alors que vous savez ? Sachez que vos biens et vos enfants constituent pour vous une tentation, mais qu'une récompense sans limites se trouve auprès de Dieu} [ Sourate 8 : versets 27-28 ].

      La signification de l’amanat implique également de respecter les obligations des réunions privées auxquelles tu assistes en interdisant à ta langue de répandre leurs secrets et de rapporter ce qui y est dit. Combien de fils sont rompus et combien d'intérêts sont affectés à cause du mépris de certains pour l’amanat des réunions confidentielles en rapportant les conservations qui s 'y échangeaient; peu importe d'ailleurs qu'on les attribue ou non à leurs auteurs.

En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:  " Si un homme échange avec un autre une conversation puis s'en va, ce qu'il a dit est une amanat" [ Rapporté par Abû Dâwud ].
La sacralité des propos des réunions privées, confidentielles se préserve tant que ce que s'y dit et s'y fait obéit aux règles de politesse et de prescription de la Foi, car sans cela ces réunions perdent leur sacralité.
     C'est pourquoi le fidèle musulman, qui assiste à une réunion où les criminels complotent contre autrui en vue de lui nuire, est tenu de les en empêcher autant qu'il peut sans les provoquer.
En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:
" Dans toute réunion on est tenu par l’amanat, sauf dans trois cas: s'il s'agit d'une réunion où l'on prône l'effusion d'un sang illicite, où l'on encourage la fornication, où l'on cherche à s'emparer illégitimement d'un bien" [ Rapporté par Abû Dâwud ].
De même, les rapports conjugaux ont, aux yeux de l'Islam, une sacralité particulière. Ainsi, les secrets de la vie du couple doivent être scrupuleusement gardés et soustraits aux indiscrétions d'autrui quels que soient les liens de parenté. Or, les gens stupides du commun répandent souvent ce qui se passe entre eux et leurs épouses. C'est là une abjection interdite par Dieu.
     Asma Bent Yazîd rapporte, pendant qu'elle se trouvait en présence de l'Envoyé de Dieu  en compagnie d'autres hommes et femmes qui étaient assis, qu'il a dit:
"Peut-être y a-t-il des hommes qui rapportent ce qu'ils font avec leurs épouses et des femmes qui répandent ce qu'elles font avec leurs époux". Un silence de plomb pesa sur l'assistance. Et j'ai dit alors: "Oui. Par Dieu! C'est vrai, ô Envoyé de Dieu ! Ils font cela et elles font cela ! Il a dit: Ne le faites plus. Cela s'apparente à un démon qui a rencontré une femelle de son espèce qu'il a couverte pendant que les gens les regardent" [ Rapporté par Ahmad ].
L'Envoyé de Dieu a dit également:
" L’amanat aux conséquences les plus lourdes auprès de Dieu le Jour de la Résurrection, c'est qu'un homme échange des confidences avec son épouse puis répande ce secret" [ Rapporté par Ahmad ].

De même, les dépôts qu'on nous confie pour les garder un moment avant de les restituer à leurs propriétaires quand ils les réclament font partie des amanats pour lesquels nous devons répondre. Ainsi, l'Envoyé de Dieu  en émigrant à Médine s'est fait remplacer à la Mecque par son cousin ’Alî Ibn Abî Tâlib  pour restituer aux polythéistes les dépôts qui lui avaient été confiés ; bien que ces polythéistes faisaient partie de ceux qui l'ont persécuté et l'ont obligé à quitter son pays natal pour préserver sa Foi. C'est dire que l’homme noble ne s'abaisse pas même devant des vils.
     Maymun Ibn Mihrân a dit : "Trois choses doivent être restituées aussi bien à l’homme de bien qu'au dépravé : l’amanat, l'engagement et le respect des liens de sang". Considérer dans ces conditions un dépôt comme un gain peu coûteux, constitue une forme de vol abjecte.

     ‘Abdallâh Ibn Mas'ûd  a dit (Ahmad) : "Mourir pour Dieu efface tous les péchés, sauf celui de manquer à l’amanat. En effet, au Jour de la Résurrection on amène le serviteur - même s'il est mort pour Dieu - et on lui dit : Acquitte-toi de ta amanat ! Il dira: Oui mon Seigneur! Mais comment faire alors que la vie terrestre n'y est plus ? On dira alors: Emmenez-le au grand abîme, et sa amanat prend pour lui la forme qu'elle avait le jour où elle lui fût confiée.
Il la verra et la reconnaîtra. Il descendra dans cet abîme à sa recherche jusqu'à ce qu'il la retrouve. Il la mettra sur ses bras pour la remonter pensant ainsi qu'il s'en est sorti. Mais elle retombera et il plongera sur ces traces et il continuera ainsi éternellement». Puis Ibn Mas'ûd ajouta: "La prière est une amanat, les ablutions mineures (al-wudhu), sont une amanat, la pesée est une amanat, la mesure de capacité est une amanat et bien d'autres choses. Mais l’amanat la plus lourde, c'est celle des objets confiés en dépôt».
Le rapporteur de ce hadîth ajoute ceci: Je suis allé voir al-Barrâ’ Ibn 'Azib et je lui ai dit: Que penses-tu de ce que dit Ibn Mas'ûd ? Al-Barrâ m'a répondu : Il dit vrai. N’as-tu pas entendu cette Parole de Dieu: {Dieu vous ordonne de restituer les dépôts à leurs propriétaires et de juger selon la justice lorsque vous jugez entre les hommes} [ Sourate 4 : verset 58 ].
     L’amanat qui invite à respecter les droits et préserve de la bassesse ne peut atteindre ce sommet que si elle imprègne la conscience de l'individu, s'enracine dans les tréfonds de son être et domine tous ses affects. Ceci est attesté par le sens du hadîth rapporté par Hudhayfa Ibn al-Yamâne :
" L'Envoyé de Dieu a dit : l'amanat est descendue au fond des coeurs des hommes. Puis le Coran est descendu. Et ces hommes ont été initiés par le Coran et initiés par la sunna" [ Rapporté par Muslim ].

     Mais pour être initié par la Loi religieuse il faut la pratiquer. Ainsi, l’amanat est une conscience vivante à côté de la bonne compréhension du Coran et de la sunna. Car, si la conscience meurt, l’amanat est arrachée et il ne sert à rien à l'individu de psalmodier les versets et d'étudier les conduites exemplaires. Ceux qui prétendent devant les autres, et tendent même de se convaincre, qu'ils sont intègres ne font que se leurrer et n'abusent nullement autrui, car l’amanat ne s'installe pas dans un coeur qui nie la vérité. Poursuivant son récit qui décrit comment l’amanat s'infiltre dans les coeurs baignés dans la certitude, Hudhayfa rapporte sur l'Envoyé de Dieu:
« Puis il nous a parlé comment l’amanat sera levée en disant : L’homme s'endormira et l’amanat se contractera dans son coeur en n'y laissant qu'une petite trace noire. Puis l'homme s'endormira de nouveau et l’amanat se contractera en n’y laissant qu'une tâche noire. Et les hommes se remettront ensuite au négoce sans qu'il y ait un seul qui s'acquitte de l’amanat au point qu'on en dise : il y a chez tel groupe un homme intègre, et qu'on dise d'un homme : Quel homme persévérant, avenant et sensé! Alors que dans son coeur il n’y a pas la moindre trace d'un atome de Foi».

Ce hadîth donne de l'extirpation de l’amanat des coeurs traîtres une description terrible. En effet cela ressemble aux souvenirs du bien dans les âmes maléfiques ; ils traversent ces âmes sans en faire partie et risquent de laisser sur leur passage une trace amère. Pourtant, ils ne peuvent revivifier une conscience morte dont le possesseur évalue les hommes en fonction de ses convoitises et ses désirs, sans prêter attention à la moindre différence entre Foi et incroyance.
     C'est dire que l’amanat est une immense vertu que ne peuvent supporter les hommes chétifs. Dieu a donné un exemple qui montre son ampleur en indiquant qu'elle est pesante même pour l'Existence entière et que par conséquent l’homme ne doit pas la sous-estimer ou négliger ses exigences. Dieu  a dit:
{Oui, Nous avions proposé le dépôt de la Foi (al-amanat) aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s'en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé, mais il est injuste et ignorant} [ Sourate 33 : verset 72 ].
 L'injustice et l'ignorance sont deux maux qui affectent la nature originelle de l'homme, d'où son épreuve pour lutter contre ces deux maux. Car il ne peut avoir une Foi pure s'il ne se débarrasse pas de l'injustice :
{Ceux qui croient et ceux qui n'entachent pas leur Foi d'injustice se trouvent en sécurité}
[ Sourate 6 : verset 82 ].
De même cet homme ne peut avoir la piété et la crainte révérencielle que s'il se débarrasse de l'ignorance:
{De tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants le craignent vraiment} [ Sourate 35 : verset 28 ].
C'est pourquoi, après avoir lu le verset précédent sur le dépôt de la Foi, tu trouveras que ceux qui ont cédé à l'injustice et à l'ignorance, qui ont trahi et manifesté leur hypocrisie et leur polythéisme ont mérité le châtiment, et que la sûreté et la sécurité ne sont acquises que pour ceux qui sont attachés à la Foi et à l’amanat :
{Il en est ainsi afin que Dieu châtie les hommes hypocrites et les femmes hypocrites ; les hommes polythéistes et les femmes polythéistes ; et afin que Dieu accorde la piété aux croyants et aux croyantes. Dieu est celui qui pardonne. Il est miséricordieux} [ Sourate 33 : verset 73 ].

extrait du livre L'éthique du musulman - De Mohammed Al-Ghazali - Edtion Al-Qalam

lundi 29 août 2016

La véracité. "L'éthique du musulman" par Mohammed Al-Ghazali



Dieu a créé les cieux et la terre par la vérité et a demandé aux hommes d'édifier leur vie sur la vérité, de sorte qu'ils ne disent que la vérité et n'agissent que selon la vérité.


La perplexité et le malheur des êtres humains sont dus à leur négligence de ce principe évident, à l'emprise sur leurs âmes et esprits de mensonges et d'illusions qui les ont éloignés du chemin droit et les ont fait dévier des réalités qu'il faut respecter.


De ce fait, l'attachement à la véracité en tout, le fait de s'en enquérir dans toute affaire et le recours final à elle dans tout jugement constituent un pilier fondamental dans la morale du fidèle musulman et une caractéristique essentielle dans son comportement. De même, l'édification de la société en Islam était fondée depuis les origines sur le combat des suspicions, le rejet des rumeurs et l'élimination de la défiance et du soupçon.
 Ce sont seulement les vérités qui doivent primer, dominer et être retenues pour promouvoir les différents rapports.
L'Envoyé de Dieu a dit :
 " Prenez garde au soupçon, car le soupçon est le plus mensonger des propos rapportés." [ Rapporté par AI-Bukhâri ]
Il a dit également :
 " Laisse ce qui te porte au soupçon pour ce qui t'en éloigne, car la véracité est une sérénité et le mensonge est de la défiance."
[ Rapporté par At-Tirmidhi ]
Le Coran reproche à certains peuples leur précipitation vers les soupçons qui ont rempli leurs esprits de légendes et corrompu leur présent et leur avenir par des mensonges :  
" Vos pères ne suivent qu'une conjecture et ce qui passionne les âmes, alors que la Direction de leur Seigneur leur est parvenue " [ Sourate 53 - Verset 23 ]
 " Ils n'en ont aucune connaissance ; ils suivent une simple conjecture. La conjecture ne sert à rien contre la vérité." [ Sourate 53 - Verset 28 ]
 En raison de son grand respect pour la vérité, l'Islam harcèle les menteurs et les fustige impitoyablement.
 'Aïcha , la Mère des croyants, rapporte ceci :
" Il n'y avait rien de plus détestable à l'Envoyé de Dieu que la manie de mentir. Chaque fois qu'il apprenait qu'un homme avait menti, il le délogeait de son coeur jusqu'à ce qu'on lui rapporte qu'il s'en était repenti." [ Rapporté par Ahmad ]
 Dans une version remontant à `Aïcha
"Il n'y avait rien de plus détestable à l'Envoyé de Dieu que le mensonge. Quand un homme mentait en sa présence,
il ne cessait de lui en tenir rigueur jusqu'à ce qu'il apprenne que cet homme s' en était repenti. "
[ Rapporté par Ibn Hibbân ]
 
Ceci n'est pas surprenant quand on sait que les anciens pieux se retrouvent dans les vertus et se reconnaissent en elles. Ainsi, lorsque l'un d'eux se comportait mal et cherchait à se distinguer par un comportement fautif, il devenait par cet agissement comme un galeux au milieu des sains. Son séjour ne devenait agréable que s'il était guéri de son mal.
D'ailleurs, les principaux traits qui caractérisaient la première communauté musulmane se résumaient dans la véracité du propos, l'exactitude de la formulation et la maîtrise des paroles.
Quand au mensonge, à la duplicité, à la fraude et à la calomnie, ce sont les signes d'hypocrisie et de rupture des liens avec la Foi, ou plutôt ce sont des formes de rattachements à la Foi selon le style des fraudeurs et des calomniateurs, c'est-à-dire le style des menteurs dans leur opposition à la réalité.
 Le mensonge est un vice pur qui reflète l'enracinement de la corruption dans l'âme du menteur et annonce un comportement où se forge le mal et accourt vers le péché sans nécessité impérieuse ni nature dominante. En effet, il existe des vices auxquels l'homme succombe qui ressemblent aux maladies du corps dont il ne peut se débarrasser qu'après de longs soins. C'est le cas de la peur qui paralyse les peureux, ou de l'avidité qui enchaîne les mains.
Ainsi, certaines personnes mobilisées pour le jihâd obligatoire avancent, pour l'accomplir, avec la chair de poule. D'autres se mettent, lorsqu'on exige d'eux l'aumône légale, à compter l'argent de cet impôt divin avec des doigts tremblants. Evidemment, de telles natures marquées par la lâcheté ou l'avarice sont aux antipodes de celles qui vont à la mort avec ardeur et distribuent l'argent sans compter. II reste que ceux qui sont assaillis par l'obsession de l'avidité ou de la peur peuvent avoir des excuses au moment où ils se trouvent sur les champs du sacrifice. Mais il n'y aucune excuse pour ceux qui font du mensonge leur morale et en vivent pour tromper les gens.
L'Envoyé de Dieu a dit: 
" La nature du fidèle croyant peut s'accoutumer de tous les défauts sauf de la trahison et du mensonge." [ Rapporté par Ahmad ]
On a demandé à l'Envoyé de Dieu
" Le croyant peut-il être lâche ? Il a dit : oui ! On lui a demandé : le croyant peut-il être avare ? Il a dit : oui !
On lui a demandé : le croyant peut-il être menteur ? Il a répondu : Non."
[ Rapporté par Mâlik ]
 Ces réponses confirment ce que nous avons déjà expliqué à propos des sensations de faiblesse ou d'infériorité qui saisissent certaines personnes, mais qu'elles arrivent à maîtriser après des difficultés, lorsqu'elles font face à une prescription précise où à un impôt décisif. Or cela ne signifie nullement une justification de l'avarice ou une sous-estimation de la lâcheté. Comment?, quand on sait que l'empêchement de l'aumône légale et le délaissement du jihâd sont deux portes grandes ouvertes à l'infidélité.
Plus le préjudice est grand à la suite d'un mensonge propagé par un menteur invétéré plus le péché est grand auprès de Dieu. Ainsi, le journaliste qui publie de fausses informations sur des millions de gens, l'homme politique qui fournit aux gens des images fausses sur les grandes questions et l'homme intéressé qui lance exprès des accusations contre des hommes et des femmes illustres, commettent tous les trois des crimes ignobles pour leurs destinataires et lourds de conséquences pour leurs auteurs.
 Le Prophète a dit :
 "J'ai vu cette nuit deux hommes venir vers moi et qui m'ont dit : L'homme que tu as vu auquel on brisait les maxillaires proférait le mensonge et il en subira les conséquences jusqu'à ce que son mensonge atteigne les horizons.
Il ne cesse d'être traité ainsi jusqu'au Jour de la Résurrection."
[ Rapporté par AI-Bukhârî ]
Il en est ainsi également du mensonge des gouvernants à leurs peuples. Car le mensonge du haut de la tribune est un geste mi-blanc mi-noir célèbre. Il est dit, d'ailleurs, dans le hadith :
 " Trois catégories d'hommes n'entreront pas au Paradis : le vieux fornicateur, l' imâm menteur et le pauvre plein d'orgueil." [ Rapporté par Al-Bazzâr ]
 Soulignons que le mensonge sur la religion constitue la pire des mauvaises actions, notamment s'il s'agit d'attribuer à Dieu, à Son Envoyé, des paroles qu'Il n'a pas dites. En effet, ce genre de calomnies est pervers dans sa réalité, funeste dans son résultat.
 L'Envoyé de Dieu a dit :
 " Le mensonge à mon sujet n'est pas comme le mensonge fait sur n'importe qui.
Celui qui ment volontairement à rnon sujet, qu'il prenne sa place en Enfer."
[ Rapporté par Al-Bukhârî ]
Parmi ce genre de calomnies, il y a l'ensemble des paroles forgées de toutes pièces par les ignorants et assignées à la Religion de Dieu, à savoir des innovations blâmables, dénuées de tout fondement religieux que les gens du commun considèrent comme de la religion alors qu'il n'en est rien. Il s'agit de paroles vaines et irresponsables.
 Du reste, le Prophète a attiré l'attention de sa Communauté sur l'origine de ces innovations blâmables, et il a mis en garde contre les tentations d' y être attiré et a inciter les musulmans à s'attacher aux versets de leur Livre et à la conduite de leurs ancêtres pieux en disant: 
" Il y aura à la fin des temps, dans ma communauté, des imposteurs et des menteurs qui vous parleront de ce que vous n'avez jamais entendu, ni vous, ni vos pères. Prenez garde à eux pour qu'ils ne vous égarent pas et ne sèment pas la discorde parmi vous." [ Rapporté par Muslim ]
De même, l'Islam recommande d'enraciner la vertu de la véracité dans l'âme des enfants pour qu'ils l'intériorisent en grandissant et s'y habituent dans tous leurs gestes et paroles.
En effet, `Abdallâh Ibn 'Amr rapporte ceci:
 " Un jour ma mère m'a appelé pendant que l'Envoyé de Dieu se trouvait dans notre maison et m'a dit : "Viens je vais te donner quelque chose". Le Prophète lui a dit alors : " Qu'as-tu voulu lui donner "?  Elle a dit : "J'ai voulu lui donner des dattes." Il lui a dit : "Si tu ne lui avais rien donné, ta parole serait inscrite  contre toi comme un mensonge." [ Rapporté par Abû Dâwud ]
 De même, Abû Hurayra rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit: " Celui qui dit à un enfant viens, tiens, puis ne lui donne rien aura commis un mensonge."  [ Rapporté par Ahmad ]
Regarde comment l'Envoyé de Dieu enseigne aux mères et aux pères comment éduquer les enfants et leur apprendre à vénérer la véracité et à se prémunir contre le mensonge. Car, s'il avait négligé ces choses en les considérant comme des futilités, il y aurait grande crainte que les petits enfants grandissent avec l'idée que le mensonge n'est rien, alors qu'il est grave aux yeux de Dieu.
D'ailleurs, cette rigueur dans la recherche de la vérité et le respect de la véracité ne cesse de s'approfondir, jusqu'à toucher les petits détails domestiques.  En effet, Asma Bent Yazîd rapporte ceci : 
"J'ai dit : ô Envoyé de Dieu ! si l'une de nous dit, au sujet de quelque chose qu'elle apprécie, qu'elle ne l'aime pas, doit-on qualifier son attitude de mensonge ? Il lui a dit : le mensonge est toujours inscrit comme mensonge, au point que le petit mensonge est inscrit comme tel."
[ Rapporté par Muslim ]
Du reste, le législateur a recensé les écueils du mensonge et indiqué leurs conséquences désastreuses pour ne laisser à personne la possibilité de fuir la vérité ou de la mépriser.
Il arrive à quelqu'un de trouver le mensonge facile en plaisantant, croyant qu'en matière de plaisanterie il n'y a lieu d'interdire les histoires inventées et les propos rapportés sur autrui. Mais l'Islam, qui permet qu'on délasse les coeurs n'admet cela que dans les limites de la véracité pure. Car il y a dans le licite et la vérité toute la latitude pour se passer de l'illicite de tout ce qui est vain.
 En effet, l'Envoyé de Dieu a dit :
 " Malheur à celui qui ment en apportant une conversation destinée à faire rire l'assistance. Malheur à lui ! Malheur à lui !" [ Rapporté par At-Tirmidhî ]
 Il a dit également
"Je suis garant d'une maison au centre du Paradis pour celui qui délaisse le mensonge, même en plaisantant." [ Rapporté par AI-Baïhaqî ]
 Il a dit encore
"Le serviteur n'acquiert pas la Foi entière, tant qu'il ne délaisse pas le mensonge
dans la plaisanterie et la sournoiserie, même lorsqu'il est véridique."
[ Rapporté par Ahmad ]
Or, on constate que les gens laissent aller leur imagination pour forger des plaisanteries et ne s'embarrassent d'aucun scrupule pour faire circuler des histoires sensées être rapportées par leurs adversaires ou leurs amis pour s'amuser ou se moquer d'eux. Ils savent pourtant que la religion interdit totalement ce genre d'attitude. En vérité, la plaisanterie nourrie du mensonge conduit souvent à des ressentiments et des hostilités. Comme la flatterie est un chemin qui conduit souvent au mensonge, le fidèle musulman se doit de faire attention quand il fait l'éloge d'autrui. Il ne doit mentionner que ce qu'il connaît comme bien chez lui, et ne pas chercher à exagérer la mention de ses qualités et à dissimuler ses défauts. Car, quels que soient les mérites réels de l'homme complimenté, il y a dans la flatterie en sa faveur une sorte de mensonge interdit.
 L'Envoyé de Dieu a dit:
 " Ne me comblez pas d'éloge flatteur comme l'ont fait les chrétiens pour le Fils de Marie, car je ne suis qu'un serviteur.
Dites plutôt : Il est le serviteur de Dieu et Son Envoyé" .
Il y a toute une catégorie de gens qui se sert de la flatterie comme d'une marchandise pour enjôler les grands de ce monde en composant de longs poèmes ou lettres en prose, où ils se lancent sans le moindre scrupule, ni retenue, ni connaissance réelle dans d'interminables panégyriques.
Il leur arrive ainsi de parer de justice des tyrans, et de courage des riches froussards, uniquement par convoitise des biens mondains chez les uns et les autres. A propos de ce genre de méprisables menteurs, l'Envoyé de Dieu recommande de les harceler jusqu'à ce qu'ils reviennent sur leur mystification avec des visages trempés dans la honte et le déshonneur.
 En effet, Abû Hurayra rapporte ceci : 
" L'Envoyé de Dieu nous a ordonné de lancer du sable sur le visage des flatteurs." [ Rapporté par At-Tirmidhî ]
Les commentateurs du hadîth expliquent que les flatteurs en question sont : "Ceux qui se servent de la flatterie des gens comme une habitude par laquelle ils tirent de l'argent de celui qu'ils flattent. Quant à celui qui loue un homme pour ses bonnes actions, afin de le donner comme modèle et d'inciter les gens à se conformer à son attitude, il n'est pas considéré comme un flatteur".
Du reste, le Prophète sage a indiqué les limites que ne doit pas outrepasser le fidèle musulman pour ne pas assumer les conséquences de la flatterie et de l'exagération, tout en apportant profit à celui qu'il loue en lui évitant de tomber dans la suffisance et l'orgueil.  En effet, Abû Bakr rapporte ceci : 
" Un homme ayant loué un autre en sa présence, l'Envoyé de Dieu lui dit à trois reprises :
Qu'as-tu ! Tu as coupé le cou à ton ami ! Puis il ajouta : "Celui qui est obligé de louer un ami doit dire : je crois qu'un tel,
mais Dieu le sait mieux que quiconque - car il ne faut jamais absoudre un homme devant Dieu,
je crois qu'un tel a telle et telle qualité .... si il les a reconnues en lui."
[ Rapporté par AI-Bukhârî ]
Il arrive également au commerçant de mentir en présentant sa marchandise et en affichant son prix. Du reste, les commerces, chez nous, sont souvent fondés sur une grande convoitise : le vendeur veut le maximum et l'acheteur le minimum, laissant la convoitise dominer les échanges dans les marchés et les boutiques. Pourtant, l'Islam déteste cette pratique de la convoitise, ses excès et l'hypocrisie qu'elle génère.  
En effet, l’Envoyé de Dieu a dit :  " Les deux partenaires d'une vente ont le choix tant qu'ils ne se quittent pas. S'ils sont sincères et qu'ils concluent leur acte, leur transaction sera bénie. S'ils mentent et le cachent, peut-être auront-ils un certain profit, mais ce profit anéantira le caractère béni de leur transaction". Dans une autre version : "Le caractère béni de leur transaction sera détruit... Car le faux serment dilapide la marchandise et anéantit le profit." [ Rapporté par Ahmad ]
Comme il existe, par ailleurs, des acheteurs peu expérimentés qui croient facilement à tout ce que leur racontent les vendeurs, la Foi implique qu'on n'exploite pas leur naïveté pour doubler le profit ou cacher le vice d'une marchandise.
 En effet l'Envoyé de Dieu a dit : 
" Ta trahison est grande si dans une conversation avec ton frère, lui te croit alors que toi, tu lui as menti." [ Rapporté par AI-Bukhârî ]
II a dit également :
" Il n'est pas permis à un individu musulman, en vendant une marchandise dont il sait qu'elle comporte
un vice de ne pas le porter à la connaissance de l'acheteur."
[ Rapporté par Al-Bukhârî ]
 
 De même, Ibn Abî Awfa rapporte ceci:
 " Un homme a présenté une marchandise au marché en jurant par Dieu qu'il a reçu grâce à elle ce qu'on a jamais reçu,
ceci pour piéger un musulman et l'amener à l'acheter. C'est à cette occasion que fut révélé le verset suivant :
" Ceux qui vendent à vil prix leur engagement envers Dieu et leurs serments, voilà ceux qui n'auront aucune part dans la Vie future. Dieu ne leur parlera pas. Il ne les regardera pas, le Jour de la Résurrection.
Il ne les purifiera pas et un châtiment douloureux les attend."
[ Sourate 3 - Verset 77 ]
 
Le Faux serment dans le témoignage est la pire forme des mensonges. C'est pourquoi, en témoignant, le fidèle musulman est tenu de ne jamais hésiter à rétablir la vérité, même à l'encontre de la personne qui lui est la plus chère et la plus proche. Il ne doit en aucun cas céder aux liens de parenté et à l'esprit du corps, ni se soumettre à l'emprise de la convoitise ou de la peur. Il faut savoir que l'élection des candidats aux sièges parlementaires et aux postes publics est une sorte de serment. Ainsi, celui qui élit un homme dont la compétence et l'intégrité sont douteuses aura menti, mystifié et n'aura pas été équitable.
 Car Dieu a dit :
" Ô vous qui croyez ! Pratiquez avec constance la justice en témoignage de fidélité envers dieu, et même à votre propre détriment ou au détriment de vos père et mère et de vos proches, qu'il s'agisse d'un riche ou d'un pauvre, car Dieu a la priorité sur eux deux.
Ne suivez pas les passions au détriment de l'équité, mais si vous louvoyez ou si vous vous détournez,
sachez que Dieu est bien informé de ce que vous faites."
[ Sourate 4 - Verset 135 ]
Abû Bakr rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit : 
" Voulez-vous que je vous indique les plus grands péchés ? Nous dîmes : Certes, oui. Il dit : Ce sont le fait d'associer un autre à Dieu, de ne pas respecter la piété filiale et de tuer une personne. Il était adossé en disant cela, puis il se redressa en restant assis et dit : Mais c'est surtout le mensonge et le faux témoignage. Il n'a cessé de le répéter point que nous nous sommes dits : Pourvu qu'il s'arrête !" [Rapporté par Al-Bukhârî ] 
La falsification est un sombre mensonge. Il ne dissimule pas seulement la vérité mais l'écrase pour lui substituer l'erreur. Sa menace est grave et destructive pour les individus dans les affaires particulières et pour les nations dans les affaires générales. Voilà pourquoi l'Envoyé de Dieu met tant en garde contre cette hideuse pratique. Aussi, les gens de métier et les industriels doivent faire de leur parole une loi respectable à laquelle ils se conforment et s'attachent scrupuleusement.
Car il est très regrettable que les promesses non tenues et les limites incertaines soient devenues une pratique coutumière chez beaucoup de musulmans, alors que leur Foi considère que les fausses promesses sont un signe d'hypocrisie. D'autant plus que l'Envoyé de Dieu respectait scrupuleusement la parole qu'il prononçait et celle qu'il entendait, même avant qu'il ne commence à délivrer le message aux hommes, car cela était un signe de plénitude et de virilité chez lui.
 En effet, Abdallâh Ibn Abî al-Hamza rapporte ceci : 
"J'ai conclu une vente avec l'Envoyé de Dieu, avant qu'il ne devienne Prophète. Comme je n'avais pas d'argent je lui ai promis de lui rapporter le reste avant qu'il bouge de sa place. Mais, j'ai ensuite oublié et je ne m'en suis rappelé que trois jours plus tard. Alors je suis revenu et je l'ai trouvé à sa place. Il m'a dit : Jeune homme ! Tu as été dur avec moi. Cela fait trois jours que je t'attends." [ Rapporté par Abû Dâwud ]
 Voilà comment il respectait ses rendez-vous.
De même, l'Envoyé de Dieu a promis un jour à Jabîr Ibn `Abdallâh de lui donner une part de l'argent qui proviendrait de l'aumône légale collectée à Bahrein. Mais la mort l'avait emporté avant de tenir sa promesse. Ainsi, quand cet argent arriva de Bahrein, son Calife Abû Bakr chargea un crieur d'annoncer aux gens : " Que celui qui a une promesse non tenue et ou une dette auprès de l'Envoyé de Dieu vienne nous voir." [ Rapporté par Al-Bukhârî ]
 Voilà comment les paroles sont pesées et tenues, afin qu'elles ne s'évaporent pas au milieu du vacarme inutile. Car, les fausses promesses ne sont pas seulement des paroles en l'air mais aussi une atteinte aux intérêts, un préjudice pour les gens et une perte de temps. C'est dire que le respect de la parole n'est pas une qualité insignifiante.
C'est une grande vertu mentionnée par Dieu comme l'une des qualités de la Prophétie : 
" Mentionne Isma'il dans le Livre ; il était sincère en sa promesse ; ce fut un apôtre et un prophète.
Il ordonnait à sa famille la prière et l'aumône. Il était agréé par son Seigneur."
[ Sourate 19 - Versets 54/55 ]
La mention de ces nobles qualités dans cet ordre montre la position élevée de la promesse tenue. En effet, le Prophète Isma'il était le plus sincère dans sa parole en répondant par: 
" Tu me trouveras si Dieu le veut parmi les hommes patients" à son père qui lui a dit :
"J'ai vu en songe que je t'immolais ; qu'en penses-tu ? "
[ Sourate 37 - Verset 102 ].
Il arrive aussi à l'homme de se lancer dans le mensonge pour s'excuser d'une faute commise et tenter d'échapper à ses conséquences. Il s'agit pourtant d'une idiotie et d'un avilissement. Car ce n'est que la fuite d'un mal vers ce qui est pire. C'est pourquoi le devoir consiste à reconnaître sa faute. En effet, il se peut que la sincérité de l'homme fautif, qui rapporte le fait omis et sa douleur pour ce qu'il a commis, conduisent à l'effacement de son écart et au pardon de sa faute. Aussi, quelles que soient les craintes qui l'assaillent pour dire la vérité, le fidèle musulman se doit d'être courageux et scrupuleux pour se munir contre les corruptions du mensonge.
 A ce propos l'Envoyé de Dieu a dit : 
" Attachez-vous à la véracité même si vous y voyez une perte, car le salut se trouve dans la véracité." [ Rapporté par Ibn Abû -Dunyâ ]
 Il a dit également
" Quand le serviteur ment, l'ange s'éloigne de lui d'un mille du fait de la puanteur de ce qu'il a rapporté." [ Rapporté par At-Tirmidhî ]
Du reste, la véracité dans les propos conduit son auteur à être véridique dans ses actions et à connaître une situation meilleure. Car, le fait de s'attacher à la vérité et de s'y engager illumine le coeur et la pensée de l'homme par les lumières de la vérité.
C'est pourquoi Dieu dit : 
" Ô vous qui coyez ! Craignez Dieu ! Parlez avec droiture afin qu'Il réforme votre conduite et qu'Il vous pardonne vos péchés.
Quiconque obéit à Dieu et à son Prophète jouit d'un bonheur sans limites."
[ Sourate 33 - Versets 70/71 ]
 
L'action véridique reste une action dépourvue de toute suspicion, car elle naît de la certitude. Elle n'est soumise à aucune exigence passionnelle, car elle est couplée avec la sincérité. Elle ne souffre d'aucune altération, car elle se ressource dans la vérité. La réussite des nations dans l'accomplissement de leur message se ramène à l'ensemble d'actions sincères menées par leurs membres. Si leur richesse en matière de sincérité dans l'action est grande, ces nations réalisent de grandes avancées ! Dans le cas contraire, elles tombent au milieu du chemin, car le vacarme et le tumulte, les assertions, les prétentions et le manque de sérieux n'ont jamais été d'une grande utilité pour quiconque. L'Envoyé de Dieu a dit: 
" Attachez-vous à la véracité, car la véracité conduit au bien et le bien conduit au Paradis
. L'homme ne cesse d'être véridique et de s'attacher à la véracité jusqu'à ce qu'il soit inscrit comme un juste auprès de Dieu.
Méfiez-vous du mensonge, car le mensonge conduit à la débauche et la débauche conduit à l'Enfer.
Le serviteur ne cesse de mentir et de rechercher le mensonge jusqu'à ce qu'il soit inscrit comme menteur auprès de Dieu."
[ Rapporté par Al-Bukhârî ]
 C'est dire que la débauche, à laquelle conduit l'attachement au mensonge, constitue la dernière étape dans l'avilissement de l'âme et la perte de la Foi.  Mâlik rapporte qu'Ibn Mas'ûd a dit : Le serviteur ne cesse de mentir et de s'y appliquer en recevant au fur et à mesure des points noirs au coeur, jusqu'à ce qu'il se noircisse totalement. Il sera alors inscrit comme menteur auprès de Dieu".
 C'est à lui que s'applique cette Parole divine : 
" Ceux qui ne croient pas aux Signes de Dieu sont les seuls à inventer ce mensonge. Tels sont les menteurs."
[ Sourate 16 - Verset 105 ] 
Quant à la piété vers laquelle guide la véracité, c'est le summum du bien auquel n'accèdent que les hommes dotés de détermination et de grande volonté. Il suffit pour le comprendre de méditer ce verset qui embrasse toute cette question :
" La piété ne consiste pas à tourner votre face vers l'Orient ou vers l'Occident.
L'homme bon est celui qui croit en Dieu, au dernier Jour, aux Anges, aux Livres et aux prophètes.
Celui qui, pour l'amour de Dieu, donne de son bien à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, aux nécessiteux, aux mendiants
et pour le rachat des captifs, celui qui s'acquitte de la prière, celui qui fait l'aumône, ceux qui remplissent leurs engagements,
ceux qui sont patients dans l'adversité, le malheur et au moment du danger, voilà ceux qui sont justes ! voilà ceux qui craignent Dieu !"
[ Sourate 2 - Verset 177 ]
extrait du livre L'éthique du musulman - De Mohammed Al-Ghazali - Edtion Al-Qalam