Aujourd'hui, Horaire de prière à (Angers)

mercredi 5 octobre 2016

J’ai observé... "Thérapie de l’âme par l’Imam Ibn Hazm al Andalusi"



J’ai observé ce qu’il y a en dessous du ciel et je l’ai médité. 
J’ai réalisé que toute chose vivante ou non souhaite remplacer 
les attributs de l’autre par les siens. 
Ainsi on voit que le vertueux souhaite que tout les gens soient vertueux, 
le médiocre souhaite que tout les gens soient médiocres. 
Chaque personne qui mentionne quelque chose la recommande en disant :
 « Et moi je fais ceci ».
Chacun souhaite que tous les gens suivent sa pensée. 
Cela est propre à tout élément, quand celui-ci se fortifie. 
Il transforme les autres en son propre genre. 
On peut observer cela dans la composition des arbres et l’alimentation 
des plantes et des arbres en eau et en humidité du sol, 
et leur transformation en leurs genres de plantes et d’arbres. 
Glorifié en soi l’Inventeur et l’Administrateur, 
il n’y a point d’autre divinité que Lui.
 Thérapie de l’âme par l’Imam Ibn Hazm al Andalusi

Les symptômes du mal du cœur, son retour à la santé et comment l'homme parvient à connaître ses propres défauts par Abou Hamed Al-Ghazâli






Sache que chaque membre a été créé pour accomplir un acte particulier. 
Ainsi, le symptôme de sa maladie réside dans le fait qu'il ne peut plus assurer ce genre d'acte ou qu'il manifeste un certain trouble de fonctionnement : la maladie de la main prive de la force de saisir, la maladie de l'œil prive de la possibilité de voir et la maladie du cœur réside dans le fait qu'il lui devient difficile d'accomplir l'action qui lui est propre et pour laquelle il a été créé, à savoir la science (al-'ilm), la sagesse (al-hikma), la connaissance (al-ma'rifa), l'amour d’Allah - تعالى - (hubb Allahi ta'âlâ) et Son adoration ('ibâdatahu), ainsi que le fait de préférer cela à tout autre désir (shahwa).
La quatrième voie consiste à fréquenter les gens pour chercher à éviter tout ce qui est détestable chez eux.
Supposons que l'homme ait tout connu sans connaître Allah - سبحانه -, il serait comme s'il n'avait rien connu. Or, le signe de la connaissance, c'est l'amour. Ainsi, celui qui connaît Allah L'aime. 
Le signe de son amour, c'est qu'il ne Lui préfère rien d'autre parmi les choses aimables. 
 Et celui qui préfère à Allah quelque chose parmi ce qui est aimable, possède un cœur malade, au même titre que l'estomac malade qui préfère la consommation de l'argile à celle du pain, en perdant l'appétit du pain.
Mais la maladie du cœur est subtile et il arrive à celui qui en est atteint de l'ignorer et d'en être insoucieux. S'il la connaît, il lui est souvent difficile d'endurer l'amertume de son remède, car son remède consiste à s'opposer au désir. 
Et s'il trouve la patience, il ne trouvera pas pour autant le médecin habile pour le soigner. 
En effet, les médecins ce sont les savants, mais ceux-ci sont aussi victimes de la maladie. 
Il faut savoir que rarement le médecin malade ne se penche sur son propre mal. 
 C'est pour cette raison que le mal est devenu incurable, que cette science s'est éteinte, que la médecine des cœurs et de leurs maux a été complètement reniée et que les gens se sont adonnées à des œuvres dont l'extérieur est constitué de dévotions et dont l'intérieur n'est qu'habitudes et automatismes. 
Voilà les symptômes de l'origine du mal.
Quant au rétablissement du cœur et son retour à la santé normale après les soins dispensées, cela consiste à regarder la cause : si le fidèle veut soigner le mal de l'avarice, son remède consiste à donner de l'argent, mais sans excès pour ne pas tomber dans le gaspillage et la dilapidation et ne pas contracter un autre mal. 
Son cas ressemble à celui qui soigne le refroidissement par une chaleur excessive. 
Jusqu'à ce que la fièvre s'empare de son corps, et il ne fait qu'introduire un autre mal. 
C'est pourquoi, il convient de rechercher la modération.
Si tu veux connaître le juste milieu, regarde en toi-même : si l'accumulation et la garde de l'argent t'es plus agréable et plus facile que sa dépense en faveur de ceux qui le méritent, sache que ce qui prédomine chez toi, c'est le vice de l'avarice. 
Tu dois donc te soigner par les dépenses. 
 Lorsque la dépense en faveur de celui qui la mérite devient pour toi plus agréable et plus aisée que la retenue de l'argent, c'est que tu es gagné par le gaspillage. 
Tu dois revenir à l'observance de la retenue. 
Tu ne cesses ainsi de te surveiller et de juger ta morale en fonction de la facilité ou de la difficulté, jusqu'à ce que le rapport de ton cœur à l'argent soit rompu au point qu'il n'incline plus, tantôt vers sa dépense, tantôt vers sa retenue, et qu'il devienne pour toi comme l'eau coulant de sa source : tu ne cherches plus à le retenir lorsque quelqu'un en a besoin ou à le dépenser s'il y a nécessité de le faire. 
Ainsi tout cœur qui atteint ce stade arrive à Allah sain et sauf au sein de cette station.
Mais le cœur doit être sain et à l'abri de tous les mauvais caractères pour qu'il n'ait plus aucune attache au bas monde et afin que l'âme puisse se couper de ses attraits, s'en détourner et perdre toute nostalgie à ses séductions. 
Elle peut alors effectuer son retour à son Seigneur comme une âme agréée et apaisée.
Comme le véritable juste milieu entre les deux extrêmes est très confus et ambigu, ou plutôt, il est plus fin qu'un cheveu et plus aigu qu'une lame d'épée, nul doute que celui qui se maintient fermement sur cette voie droite dans le bas-monde (man istawâ 'alâ hâdha as-sirâti fî d-dounyâ), peut traverser une semblable voie dans la vie future (al-âkhira). Mais comme la rectitude est très difficile, il a été ordonné au serviteur de répéter à plusieurs reprises chaque jour :
{ Dirige-nous sur la voie droite }
(qur'ân : al-Fâtiha [1] - 6)
Il reste que celui qui ne peut pas atteindre cette rectitude doit s'efforcer de s'en rapprocher, car le salut réside dans les œuvres pieuses.
Comme les œuvres pieuses ne procèdent que des bons caractères, chaque serviteur est tenu d'examiner ses propres qualités et son caractère et de s'employer à les soigner les uns après les autres. 
 Celui qui est doué de détermination doit endurer cette affaire, car elle finira par lui devenir agréable comme l'est le sevrage pour l'enfant qui le déteste au début. 
Pourtant, si après le sevrage, on le remet à l'allaitement il le détestera. 
C'est dire que celui qui sait que les jours d'une vie sont infimes par rapport à la durée de la vie future, se doit de supporter les difficultés d'un voyage de quelques jours pour jouir d'une félicité éternelle. 
Comme on dit : C'est au matin qu'on loue le voyage de la nuit.
Sache également que lorsque Allah - تعالى - veut du bien (khayr) pour quelqu'un, Il lui accorde le discernement pour voir ses propres défauts. Ainsi, celui qui possède du discernement (basîra) ses défauts ne lui échappent plus. 
Ensuite lorsqu'il connaît les défauts, il peut rechercher les soins et les remèdes. Mais le problème c'est que la plupart des gens ignorent leurs défauts. L'un d'eux voit la paille dans l'œil de son frère et ne voit pas la poutre dans son propre œil.
Celui qui veut connaître et soigner ses propres défauts, a quatre voies possibles devant lui :
La première voie consiste à s'asseoir entre les mains d'un maître spirituel (chaykh) qui connaît parfaitement les défauts de l'âme, pour qu'il lui fasse connaître ses propres défauts et les moyens pour y remédier. 
Mais l'existence d'un tel maître est devenue très rare à notre époque. Ainsi, celui qui tombe sur lui, tombe sur un médecin habile, et il ne convient pas qu'il le quitte.
La deuxième voie consiste à rechercher un ami sincère (sadîq), clairvoyant (basîr) et pieux (mutadayin) pour le préposer comme un surveillant de sa propre âme afin que cet ami l'avertisse contre ce qui est répréhensible et blâmable de ses caractères et ses actes.
Le prince des croyants 'Umar ibn al-Khattâb - رضى الله عنه - a dit : « Qu’Allah prenne en miséricorde un homme qui nous fait cadeau de nos propres défauts ».
De même, en recevant Salmân - رضى الله عنه - il lui a demandé quels étaient ses propres défauts. Salmân - رضى الله عنه - lui répondit : « Tu réunis deux condiments à ta table et tu as deux habits : l'un pour la nuit et l'autre pour le jour ». 'Umar - رضى الله عنه - lui demanda : « Sais-tu autre chose à part cela ». Il répondit par non. 'Umar - رضى الله عنه - lui dit : « Quant à cela je m'en charge ».
'Umar - رضى الله عنه - ne cessait d'interroger Hudhayfa en lui disant : « Est-ce que je fais partie des hypocrites ? » Ceci, parce que celui qui possède un degré élevé en matière de vigilance redouble d'accusation contre lui-même. 
Mais il devient de plus en plus difficile à notre époque de trouver un ami qui a cette qualité, car rares sont les amis qui renoncent à la complaisance pour parler des défauts ou dénoncer l'envie, car ils se contentent de ce qui est indispensable.
Or, les anciens pieux (As-Salaf) aimaient celui qui attire l'attention sur leurs propres défauts, alors que nous considérons maintenant qu'en général l'homme le plus détestable pour nous est celui qui nous fait voir nos propres défauts. 
Pourtant, ceci constitue une preuve de la fragilité de la foi, car les mauvais caractères sont semblables aux scorpions. 
En effet, si un homme nous avertit de la présence d'un scorpion sous les vêtements de l'un de nous, nous lui saurons gré pour son geste et nous nous employons à écraser cette bête. 
Pourtant, les mauvais caractères et les vices sont plus nuisibles, comme on le sait de toute évidence, que le scorpion.
La troisième voie consiste à tirer profit de ce que disent ses ennemis pour connaître ses propres défauts, car l'œil courroucé dévoile les méfaits. 
Du reste, un ennemi bagarreur qui rappelle les défauts rapporte plus de profit pour l'homme qu'un ami complaisant qui lui cache ses propres défauts.


lundi 3 octobre 2016

Celui qui te rapporte des mensonges: Thérapie de l’âme par l’Imam Ibn Hazm al Andalusi


Celui qui te rapporte des mensonges prononcés par quelqu’un te provoque et rapporte tes paroles, alors prends garde à cela et ne riposte pas aux paroles qu’on te rapporte même si elles sont justes.
Il n’y a rien de plus ignoble que le mensonge. Et il ne peut en être autrement dans la mesure
où l’incroyance est l’une de ses manifestations. Car toute incroyance est mensonge.
Le mensonge provient de l’injustice, la lâcheté et l’ignorance.
En effet, la lâcheté engendre la bassesse, le menteur est servile et n’a point de fierté louable.
J’ai vu que les gens dans leurs paroles – qui les différencient des ânes, des chiens et des insectes – se subdivisent en trois catégories :
- La première fait référence à ceux qui ne font pas attention à ce qu’ils disent, parlant ainsi
sans s’assurer de la justesse ou l’erreur de leurs dires. Cela concerne la majorité des gens.
- La deuxième fait référence à ceux qui parlent pour défendre ce qu’ils croient être juste et
pour dénoncer ce qu’ils croient être injuste sans en chercher la véracité mais persistant dans
leur engagement. Cela est courant mais moins que la première catégorie.
- Enfin la troisième est ceux à qui appartiennent ceux dont les paroles sont exactes, cette
catégorie est plus rare que le soufre rouge.

samedi 1 octobre 2016

Les piliers de l'islam et les principes de la morale. Mohammed Al-Ghazali




Le Prophète de l'Islam a bien défini la finalité première de sa mission et la ligne de conduite de sa prédiction en disant: "Je n'étais envoyé que pour parachever les nobles vertus" [ Mâlik ]. C'est comme si le Message, qui s'est frayé sa voie dans l'histoire de la vie et pour lequel le Messager a déployé un immense effort pour diffuser sa lumière et rassembler les hommes autour de lui ne cherchait que l'affermissement de leurs vertus et l'illumination des perspectives de la perfection devant leurs yeux, afin qu'ils y accèdent avec discernement.

C'est dire que les actes d'adoration, prescrits par l'Islam et considérés comme des piliers de la Foi, ne sont nullement des rites obscurs, du genre de ceux qui lient l'homme à des mystères et lui imposent la charge d'accomplir des actes incompréhensibles et des mouvements dépourvus de toute signification. Au contraire, les obligations que l'Islam prescrit à ses adeptes sont des exercices répétés qui sont destinés à accoutumer l'individu à vivre selon une morale authentique et à s'y attacher quelles que soient les circonstances qu'il traverse. Elles s'apparentent à des exercices sportifs que l'homme pratique avec passion et constance, dans l'espoir d'en tirer un corps préservé et une vie saine.

Le Coran munificent et la sunna pure révèlent clairement, du reste, ces réalités. Ainsi, en ordonnant la prière prescrite, Allah a révélé la sagesse inhérente à son observance : "Acquitte-toi de la prière : la prière éloigne l'homme des turpitudes et des actions blâmables".[Sourate 29 Al'Ankabût - L’Araignée, verset 45 ] En effet, l'éloignement des turpitudes, et la purification des mauvaises actions et des paroles malheureuses constituent l'essence même de la prière.

Dans un hadîth, où Allah parle par la bouche du Prophète, Allah dit : "Je n'accepte la prière que de celui qui fait preuve d'humilité devant Ma Toute-Puissance, qui n'est pas arrogant envers Mes créatures, qui ne s'endort pas avec la détermination de Me désobéir, qui passe sa journée à Me mentionner et qui est compatissant envers le pauvre, le nécessiteux, la veuve et l'homme éprouvé" [ Rapporté par Al-Bazzâr ] De même, l'Aumône légale  - zakât - n'est pas un impôt que l'on prend dans les poches. Elle est d'abord un enracinement des sentiments de bonté et de bienveillance, et un renforcement des liens de connaissance et de familiarité entre les différentes classes sociales.

Le Coran indique, d'ailleurs, la finalité de l'acquittement de l'aumône :  "Prélève une aumône sur leur biens pour les purifier et les rendre sans tâche".[ Sourate 9 At-Tawba - Le Repentir - verset 103 ]

Ainsi, purifier l'âme des maux de l'imperfection et élever la société vers un niveau plus noble constitue le premier secret dans la prescription de l'aumône. C'est d'ailleurs pourquoi le Prophète a élargi le sens du mot sadaqa (aumône) dont doit s'acquitter le fidèle musulman : "Le fait de sourire à ton frère est une aumône. Le fait de recommander le bien et d'interdire le mal est une aumône. Le fait de renseigner un homme qui s'est égaré est une aumône. Le fait d'enlever de la voie publique les saletés, les épines et les os est pour toi une aumône. Le fait de verser de l'eau de ton récipient dans celui de ton frère est pour toi une aumône. Le fait d'aider un homme malvoyant est pour toi une aumône"  [ Rapporté par Al-Bukhârî ] 

Ces enseignements, prodigués dans un milieu désertique où les gens ont vécu des siècles durant les querelles et les agressions, montrent les objectifs tracés par l'Islam, vers lesquels il a guidé des Arabes empêtrés dans l'ignorance de la période anté-islamique.
De même, en prescrivant le jeûne, l'Islam n'y a pas vu une simple privation passagère de nourriture et de boisson. Il l'a considéré plutôt comme un pas vers la privation constante pour l'âme de ses désirs interdits et de ses passions irréfléchies.
Pour souligner cette signification, l'Envoyé d'Allah [Image]a dit : "Celui qui ne s'abstient pas de proférer des paroles mensongères, Allah n'a nullement besoin qu'il se prive de nourriture et de boisson, jeûner c'est s'abstenir de proférer des propos inutiles, de faux serments et des paroles obscènes. Et si un homme t'insulte ou fait preuve d'ignorance à ton égard, dis-lui alors : j'observe le jeûne" [ Rapporté par Ibn Khazîma ]

D'ailleurs, le Coran nous enseigne quel est le fruit du jeûne : "Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux générations qui vous ont précédés, afin que vous craigniez Dieu". [ Sourate Al-Baqara - La Vache - verset : 183 ]

De même, en se rendant sur les Lieux Saints, ce qui est une obligation pour celui qui peut le faire et l'une des prescriptions que l'Islam impose à ses adeptes, l'homme croit qu'il effectue un simple voyage dépourvu de toute signification initiatique.
Or, cela est totalement faux, car Allah évoque ce rite en ces termes : "Le pèlerinage a lieu en des mois déterminés. Le pèlerin devra s'abstenir de tout acte charnel, de libertinage et de disputes, durant le pèlerinage. Dieu connaît le bien que vous faites. Emportez des provisions de voyages ; mais vraiment, la meilleure provision de voyage est la crainte révérencielle d'Allah. Ô vous, les hommes doués d'intelligence ! Craignez-moi !" [Sourate 2 - verset 197]

A travers cet exposé rapide de quelques uns des rites célèbres de l'Islam et considérés comme ses piliers fondamentaux, nous décelons la profondeur des liens qui existent entre la Religion et l’Éthique. En effet, il s'agit d'actes d'adoration qui sont diversifiés quant à l'essence et à la forme, mais qui se croisent quant à la finalité esquissée par l'Envoyé d'Allah quand il a dit : "Je n'étais envoyé que pour parachever les nobles vertus". Ainsi, la prière, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage et tous les actes d'obéissance relevant des enseignements de l'Islam sont des échelles vers la perfection recherchée et des confluents vers une purification qui préserve la vie et rehausse sa valeur. C'est d'ailleurs en raison de ces qualités éminentes qui les lient ou les génèrent que ces obligations ont reçu un statut élevé au sein de la Religion d'Allah. Aussi, l'individu qui n'arrive pas à en tirer profit pour purifier son cœur et son intelligence est un homme perdu.

Allah a dit : "La Géhenne est destinée à celui qui arrivera coupable devant son Seigneur. Il n'y mourra point et il n'y vivra pas non plus. Ceux qui viennent à Lui, en hommes croyants, et qui ont accompli des œuvres bonnes, voilà ceux qui auront les degrés les plus élevés : les jardins d'Eden où coulent les ruisseaux. Ils y demeureront immortels. Telle est la récompense de celui qui se purifie". [ Sourate Ta-ha, versets : 74 - 76 ] 

L'éthique du musulman - De Mohammed Al-Ghazali - Edtion Al-Qalam

Ta chance te suffit. "Thérapie de l’âme". Ibn Hazm al Andalusi



Heureux dans la vie, celui qui n’a pas eu à mettre ses frères en épreuves.
Ne pense pas à ceux qui te nuisent car si tu es riche il périra et ta chance te suffit. 
Et si tu es pauvre alors tout le monde te nuira.
Quelle chance a celui qui sait de ses défauts plus que ce qu’en savent les gens.

vendredi 30 septembre 2016

La demeure spirituelle du désir ardent -manzilatu-sh-shawq - par Ibn Al-Qayyîm Jawziyyah-Madarij as-Salikine-Sentier des itinérants



La demeure du désir -shawq- relève de la parole divine : " C’est Toi que nous adorons et c’est à Toi que nous demandons aide."

Allah — exalté soit-Il — a dit : " Pour celui qui espère la rencontre d’Allah, sûrement arrive le terme fixé par Allah

Certains exégètes disent qu’il s’agit dans ce verset d’une consolation et d’un réconfort pour les nostalgiques. [C’est comme si Allah leur disait :] « Celui qui espère Ma rencontre, Je sais que Je lui manque. Je lui ai fixé un terme qui est proche et qui arrivera inéluctablement car tout ce qui doit arriver est proche. »

Le Prophète disait dans l’une de ses invocations : « Je te demande le plaisir de regarder Ta face et de m’inspirer l’ardent désir de Ta rencontre. »

Certains savants ont dit : « Le Prophète avait en permanence un ardent désir de rencontrer Allah. Son désir de Le rencontrer ne se calmait jamais. Le désir se compose de cent parties, quatre-vingt-dix-neuf pour lui et la partie qui reste est partagée entre les membres de sa communauté. Et il a voulu par cette invocation que cette partie qui reste soit ajoutée au désir qui lui est propre. »

Le désir -shawq- est un des effets de l’amour et une de ses exigences. C’est le voyage du cœur vers le Bien-Aimé quel que soit son état. L’amour est plus éminent que le « shawq » car celui-ci est issu de lui. Autant l’amour est intense, autant le désir est ardent et vice-versa.

Yahyâ b. Mu`âdh a dit : « Les sens qui se sèvrent du désir concupiscent montrent un signe de la validité du shawq. »

Abû `Uthmân a dit : « Le signe du shawq c’est le désir de la mort alors qu’on est sain et sauf, comme le cas de Yûsuf (Joseph) — paix sur lui — qui lorsqu’il a été jeté au fond du puits, n’a pas dit [à Allah] : « Fais-moi mourir » ni lorsqu’il a été jeté en prison mais c’est seulement après avoir joui du pouvoir, de la sécurité et d’une grande grâce divine, qu’il a dit :"fais-moi mourir en état de parfaite soumission." »

Ibn Khafîf a dit : « Le shawq c’est le repos des cœurs du fait d’une extase intérieure -wajd- et un désir de rencontrer Allah inspiré par le rapprochement de Lui par les œuvres pies. »

Les degrés du shawq

Il comporte trois degrés.

Premier degré :

C’est l’ardent désir de l’adorateur pour le Paradis afin que se rassure le craintif, se réjouisse l’attristé et gagne l’aspirant.

Cela veut dire que l’ardent désir de l’adorateur d’accéder au Paradis renferme trois sagesses :

La première est l’obtention de l’assurance qui incite l’espérance, car la crainte dénuée de toute assurance n’incite pas la personne à agir. Une personne privée de toute assurance devient désespérée.

La deuxième, c’est la joie que ressent l’individu attristé. En effet, la tristesse dépouillée de joie est mortelle. Sans le souffle vital de la joie, les forces de l’attristé finissent par chuter et la tristesse par l’accabler.

La troisième c’est la fureur de vaincre dans le sens de la réussite et du gain, car l’aspirant qui n’accompagne pas son espoir d’une « fureur de gagner », voit son espoir s’évanouir.

Deuxième degré :

C’est le désir ardent d’Allah semé par l’amour et qui pousse sur les rivages de la grâce [divine]. Ainsi le cœur de l’aspirant s’attache à Ses attributs sacrés, ce qui inspire en lui le désir ardent de voir les grâces émanant de Sa générosité, les signes de Sa bonté et les marques de Sa faveur.

Aussi faut-il souligner que le désir ardent d’Allah n’est pas incompatible avec le désir ardent du Paradis, car ce qu’il y a de meilleur dans le Paradis, c’est la proximité d’Allah, la contemplation de Son visage, l’écoute de Sa parole et le fait de jouir de Son agrément. Tandis que le désir ardent de manger, de boire et de jouir des Houris aux grands yeux noirs est un désir déficient comparé au désir des amants de rencontrer Allah, on peut même dire que celui-ci est incomparable.

Ce désir comporte deux degrés dont le premier est celui d’un désir semé par l’amour et dont la cause est la bienfaisance et la générosité [divines]. C’est à ce désir que le shaykh [al-Harawî] fait allusion quand il a dit : « qui pousse sur les rivages de la grâce [divine] ». Ce qui inspire un tel désir, c’est la contemplation de la générosité d’Allah, Sa bienfaisance et Sa grâce.

Dans la parole [du shaykh al-Harawî] : « Ainsi le cœur de l’aspirant s’attache à Ses attributs sacrés », il entend par « attributs » ceux relatifs à la grâce et la bienfaisance, comme le Bon, le Généreux, le Bienfaisant, le Libéral, le Donateur, le Pardonnant, etc.

Sa parole : « Ses attributs sacrés » signifie qu’ils sont purs et transcendants, loin au-dessus des interprétations métaphoriques -ta’wîl- des adeptes de la falsification -muharrfûn-, du tashbîh des assimilationnistes et du dénudement -ta`tîl- des négationnistes 

Nous avons précisé que le shaykh visait spécialement les attributs précités et ce pour deux raisons :

La première, c’est que l’attachement du cœur aux attributs généraux d’Allah se situe dans le troisième degré.

La deuxième, c’est qu’il a considéré que ce désir a pour fruit le désir du serviteur de voir les grâces émanant de la générosité du Seigneur, les signes de Sa bonté à son égard et les marques de Sa faveur.

Troisième degré :

C’est un feu attisé par la pureté de l’amour qui a troublé la vie [de l’aspirant], le privant de toute consolation, si bien que rien ne calmera ce feu sauf la rencontre ultime.

Cela veut dire que le désir, dans ce degré, est comparable à un feu déclenché par la pureté de l’amour qui est sa sincérité. Le shaykh [al-Harawî] l’a assimilé au feu car il s’enflamme dans le for intérieur de l’aspirant.

Dans la parole du shaykh : « la pureté de l’amour » il y a une indication que c’est un amour qui n’a pas été suscité par les dons et les bienfaits mais qui est attaché à l’essence d’Allah et à Ses attributs.

Sa parole : « a troublé la vie » signifie qu’il a empêché l’aspirant de trouver la quiétude dans les plaisirs de la vie.

La consolation consiste à se délivrer du chagrin d’amour, à le jeter derrière soi et à se détourner du bien-aimé en essayant de l’oublier. Or ce feu prive l’aspirant de cette consolation. Aucune forme de patience ne résiste à ce feu et rien n’apaise l’esprit de l’aspirant sauf la rencontre de son Seigneur.


Ce désir peut s’intensifier et se dépouiller de la patience pour devenir de l’inquiétude. C’est ainsi, d’ailleurs, que l’a qualifié l’auteur des « manâzil » (al-Harawî) et il a argué de la parole d’Allah, relatant ce que Mûsâ (Moïse) a dit : "Je me suis hâté vers Toi, Seigneur, pour Te contenter.

J’ai l’impression qu’il a compris de ce verset que c’est l’inquiétude qui a poussé Mûsâ à se hâter, inquiétude qu’il a expliquée par le dépouillement du désir ardent pour Sa rencontre et le désir d’être au rendez-vous. Or d’après le sens obvie de ce verset, ce qui a poussé Mûsâ à se hâter, c’est la recherche de la satisfaction de son Seigneur et que Sa satisfaction réside dans l’empressement à observer Ses commandements. C’est pourquoi, d’ailleurs, les pieux prédécesseurs ont argué de ce verset pour soutenir qu’il vaut mieux accomplir la prière au début du temps qui lui est assigné. J’ai entendu le shaykh de l’Islam soutenir un tel avis. Il a dit : « La satisfaction d’Allah réside dans l’empressement à se conformer à Ses ordres. »

mardi 30 août 2016

La Amanat (Congage). "L'éthique du musulman" par Mohammed Al-Ghazali


L'Islam attend de son adepte qu'il ait une conscience vigilante pour préserver les droits de Dieu et ceux des hommes et pour protéger les actions contre les méfaits de l'insouciance et de la négligence. C'est pourquoi il impose au musulman d'être intègre (Amîn). Or, l’amanat aux yeux du législateur a une signification très large qui renvoie à des sens multiples qui se ramènent tous au sentiment de responsabilité que l'individu ressent dans toute affaire qu'on lui confie et à sa conviction qu'il doit en répondre devant son Seigneur selon la modalité définie par le hadîth suivant :
"Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Ainsi, l’Imâm est un berger responsable de son troupeau, l’homme est un berger dans sa famille, responsable de son troupeau, la femme dans le foyer de son époux est une bergère, responsable de son troupeau, le serviteur est un gardien des biens de son maître, responsable de ce qu'il garde". Ibn 'Omar, le rapporteur de ce hadîth, ajoute : "J’ai entendu ces phrases de la bouche du Prophète et je crois qu'il a dit aussi: l’homme est un gardien des biens de son père, responsable de ce qu'il garde" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

     Or, les gens du commun ne retiennent de l’amanat que son sens le plus étroit et le dernier dans sa classification, à savoir le fait de garder les dépôts confiés, bien que la réalité de l’amanat dans la religion de Dieu est plus grande et plus pesante. C'est une obligation que les musulmans se recommandent les uns aux autres de préserver et ils demandent le soutien de Dieu pour la sauvegarder. C'est tellement vrai que, lorsque le fidèle s'apprête à partir en voyage, son frère lui dit: "Je confie à Dieu ta Foi, ta amanat et tes actions ultimes" [ Rapporté par At-Tirmidhî ].

     En plus Anas rapporte ceci: "Chaque fois qu'il nous faisait un prône, l’Envoyé de Dieu disait toujours: Point de Foi pour celui qui n'a pas d'amanat. Point de religion pour celui qui ne respecte pas son engagement" [ Rapporté par Ahmad ].

     Comme le bonheur suprême consiste pour l’homme à se prémunir contre une vie malheureuse ici-bas et un mauvais retournement dans la Vie future, l'Envoyé de Dieu a réuni dans son imploration de refuge auprès de Dieu contre ces deux états en disant: "Ô mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de toi contre la faim, car c'est le pire Compagnon, et je cherche refuge auprès de Toi contre la traîtrise, car c'est la pire des doublures" [ Rapporté par Abû Dâwud ]. En fait, la faim est une perte de la vie et la traîtrise est une perte de la Foi.
     Du reste, au cours de la première partie de sa vie, avant l'annonce de sa Mission, l'Envoyé de Dieu était surnommé al-Amîn (l’Intègre) parmi son peuple.
     De même, les signes de l’amanat se sont manifestés dans l'attitude de Mûssa (Moïse) lorsqu'il abreuva les bêtes des deux filles de l’homme pieux de Madian en les traitant avec bienveillance, en respectant leur féminité et en se comportant envers elles avec piété et noblesse :
{Mûssa abreuva leurs bêtes, puis il se retira à l'ombre. Il dit: Mon Seigneur! J’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi ! Une des filles vint à lui en s'approchant avec pudeur. Elle dit: Mon père t'appelle pour te récompenser d'avoir abreuvé nos bêtes. Mûssa se rendit auprès de lui et lui raconta son histoire. Le vieillard dit: Ne crains rien! Tu viens d'échapper aux injustes. Une des deux filles dit: ô mon père! Engage-le à ton service, moyennant salaire. Il est vraiment le meilleur de ceux que tu pourrais engager. Il est fort et intègre} [ Sourate 28 : versets 24-26 ].
Cet épisode s'est déroulé avant l'avènement de la Mission de Mûssa et son Envoi au Pharaon.

     Ceci est indéniable, car les envoyés de Dieu sont choisis parmi les meilleurs hommes de souche et de caractère nobles. C'est dire que l'âme qui demeure attachée à la vertu malgré l'extrême pauvreté et la solitude due à l'éloignement ne peut être que celle de L’homme fort et intègre. Car la sauvegarde des droits de Dieu et ceux des humains exigent un caractère moral que n'affecte pas la succession des joies et des peines. Voilà la substance de l'amanat.

      Parmi les sens de l’amanat il y a le fait de placer chaque chose à l'endroit qui lui convient et qu'elle mérite. Ainsi, on ne confie un poste qu'à celui qui mérite de l'assumer et on ne nomme à une fonction que l’homme dont la compétence l'élève à ce niveau. Du reste, le fait de considérer les mandats et les fonctions publiques comme des charges et des amanat est parfaitement attesté dans plusieurs traditions :
     En effet, Abû Dhar  rapporte ceci: "J'ai dit: Ô Envoyé de Dieu! Si tu m'engageais comme responsable! Il a frappé de sa main mon coude puis il a dit: ô Abû Dhar ! Tu es faible, et c'est une amanat. Et au Jour de la Résurrection, c'est une source de honte et de regret, sauf pour celui qui l’a assumé selon les exigences requises et s'est acquitté de ses obligations envers elle" [ Rapporté par Muslim ].

     La compétence scientifique ou pratique n'est pas nécessaire pour réformer l'âme. Pourtant l’homme peut avoir une conduite vertueuse et une Foi irréprochable, mais il lui manquera les compétences requises pour être productif et utile dans une fonction déterminée. Ne vois-tu pas le Prophète Yûssuf (Joseph) al-Siddîq (Le Véridique) ? Il ne s'est pas porté candidat pour la gestion des Finances de l'Egypte en faisant seulement valoir sa Prophétie et sa piété mais surtout sa compétence:
 {Joseph dit (au Roi) : Confie-moi l'intendance des dépôts de ce pays, j'en serai le gardien compétent}    [ Sourate 12 : verset 55 ].
 Il en va de même de l'exemple d'Abû Dhar qui a demandé qu'on lui confie les affaires d'une province. Quand l'Envoyé de Dieu a vu qu'il n'en avait pas la compétence, il l’a mis en garde contre une telle demande.
     C'est pourquoi l'amanat exige qu'on ne choisisse pour les affaires publiques que les meilleurs hommes qui peuvent s'en charger, car si nous leur préférons d'autres hommes par simple passion ou concussion ou soumission aux exigences des liens de parenté nous aurions, en écartant l’homme compétent et en nommant l'homme incapable, commis une grande trahison. En effet, l'Envoyé de Dieu a dit:
"Celui qui nomme un homme à la tête d'un groupe en sachant qu'il y a dans ce groupe un homme qui satisfait mieux Dieu que le premier, aura trahi Dieu, son Envoyé et les croyants" [ Rapporté par Al-Hâkim ].

De même Yazîd Ibn Abû Sufyân rapporte ceci:
"Le premier Calife Abû Bakr m'a dit en m'envoyant au Sham : ô Yazîd ! Tu as des proches (là-bas) et tu vas peut-être les faire bénéficier de privilèges du fait de ton poste comme gouverneur de cette Province. C'est la chose que je crains le plus pour toi: car l’Envoyé de Dieu a dit: Celui qui a la charge des affaires des musulmans et qui nomme à leur tête un homme par favoritisme encourra la malédiction de Dieu, et Dieu n'acceptera aucune bonne oeuvre de lui et le fera jeter en Enfer" [ Rapporté par Al-Hâkim ].
     Du reste, la Nation où l'amanat n'existe pas est une nation dans laquelle le favoritisme affecte les intérêts généraux et fait fi des valeurs des fins des temps. En effet:  "Un homme est venu interroger l’Envoyé de Dieu en lui disant: Quand sonnera la dernière heure ? Il lui a répondu: quand l’amanat ne sera plus respectée, attend l’arrivée de l’Heure. L’homme a dit: Comment ne sera-t-elle plus respectée ? ll lui a dit: Quand les affaires seront confiées à ceux qui ne le méritent pas, attend l’arrivée de l’heure" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].

      La signification de l’amanat implique également que l'individu s'attache à accomplir parfaitement son devoir dans le travail qui lui est confié et à déployer toute son énergie pour les mener à bonne fin. Certes, c'est cela l'amanat glorifiée par l'Islam ; l'homme doit être sincère dans son travail, il s'attache à l'accomplir minutieusement et à veiller sur les droits de gens qu'il a en charge. Le fait qu'un individu néglige et méprise ce qu'on lui a confié - même s'il s'agit d'une chose de peu d'importance conduit à des négligences dans la vie du groupe entier et à la propagation de la corruption au sein de l'édifice de la Nation et à son écroulement.
L'Envoyé de Dieu a dit:
"Lorsque Dieu rassemblera au Jour de la Résurrection tous les hommes depuis la première jusqu'à la dernière génération, chaque traître verra dressé à ses côtés un étendard par lequel on le reconnaîtra. On dira alors: voici la trahison d'un tel..." [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
Dans une autre version : "Chaque traître aura un étendard collé dans le dos et élevé selon sa trahison. Et il n’y a pas plus grand traître que lorsqu'il s'agit du responsable d'un groupe" [ Rapporté par Muslim ].
 C'est-à-dire qu'il n'y a pas de trahison plus grande, aux conséquences les plus graves, que celle d'un homme auquel on a confié des affaires de personnes qu'il a négligées.

      L'amanat consiste aussi en ce que l'homme n'exploite pas le poste où il a été nommé pour en tirer des bénéfices personnels ou pour ses proches, car puiser dans les deniers publics est un crime. Or, il est de notoriété que les gouvernements ou les sociétés accordent à leurs employés des salaires bien précis, donc se procurer des sommes supplémentaires par des voies détournées, c'est acquérir des gains illégaux.
     L'Envoyé de Dieu  a dit:  "Celui que nous nommons à un poste en lui fixant une rémunération, tout ce qu'il se procurera en dehors de cette rémunération sera une fraude".
 Car c'est voler l'argent de la communauté qui devrait être dépensé en faveur des nécessiteux et des défavorisés et consacré aux intérêts généraux. En effet, Dieu dit:
{Quiconque fraude, viendra avec son péché le Jour de la Résurrection. Chaque homme recevra alors le prix de ce qu'il aura accompli. Personne ne sera lésé} [ Sourate 3 : verset 161 ].
Quant à celui qui s'en tient dans sa fonction aux Règles de Dieu et répugne à trahir le devoir qu'il assure, il est considéré auprès de Dieu comme un Mujâhid qui s'active pour faire triompher la religion de Dieu et rehausser Sa Parole. L'Envoyé de Dieu  a dit:
"Quand l’homme qui a assumé une charge publique agit avec équité dans ses rapports avec ses administrés, il ne cesse d'être comme le combattant (al-Mujâhid) dans le chemin de Dieu jusqu'à ce qu'il rentre chez lui" [ Rapporté par Al-Bukhârî ].
     Du reste, l'Islam a beaucoup insisté sur la nécessité de s'abstenir de tout trafic d'influence et a montré beaucoup de fermeté dans le rejet des gains suspects.
     ‘Adiy Ibn Omayra rapporte ceci: j'ai entendu l'Envoyé de Dieu  dire:
"A chacun d'entre vous à qui nous confions une charge et qui nous cache depuis l'aiguille et plus, son acte constitue une fraude pour laquelle il répondra au Jour de la Résurrection. Un homme noir parmi les Ansârs (Auxiliaires) présents se leva - comme si je le voyais maintenant - et dit: Ô Envoyé de Dieu ! Décharge-moi de ce que tu m'as confié! Il lui dit: Qu'as-tu ? L’homme dit: Je t'ai entendu dire ceci et cela ...Il dit : Et moi je le dis en ce moment :  Celui à qui nous confions une charge doit apporter tout ce qu'il reçoit qu'il s'agisse de petite ou de grande valeur. Ce qui lui est permis de prendre qu’il le prenne, et ce qui lui est interdit de prendre qu'il s'abstienne de le faire" [ Rapporté par Muslim ].
     On rapporte que le Prophète a confié à un homme de la tribu des Azd appelé Ibn al-Lutbiyya la collecte de l'Aumône légale. A son retour à Médine, cet homme a dit: "Ceci est pour vous et ceci m'a été offert en cadeau». L'Envoyé de Dieu se lève alors et dit après avoir loué et complimenté Dieu:
"Soit, je confie à un homme d'entre vous une charge parmi celles que Dieu m'a confiées et il vient dire: Ceci est pour vous et ceci un cadeau qu'on m'a offert. Pourquoi ne reste-t-il pas dans la maison de son père et de sa mère pour que son cadeau vienne jusqu'à lui s'il était vraiment sincère ? Par Dieu! Chacun de vous qui s'empare illégitimement de quelque chose répondra devant Dieu le jour de la Résurrection de ce qu'il a pris et je ne reconnaîtrai aucun d'entre vous qui rencontrera Dieu en ayant à sa charge un chameau un mugissant, une vache beuglant ou une chèvre bêlant. Puis il a levé ses bras jusqu'à ce qu'on ait vu la blancheur de ses aisselles en disant: ô mon Dieu! Ai-je transmis !" [ Rapporté par Muslim ].

      La signification de l’amanat consiste aussi pour toi à méditer sur tes sens qui sont un bienfait de Dieu, sur les dons qu'Il t'a accordé en propre et sur les biens et les enfants que tu as reçus pour bien comprendre que ce sont des dépôts chers que Dieu t'as confiés. Aussi, tu dois t'en servir pour avoir Sa proximité et en user pour bénéficier de Son agrément. Si tu es éprouvé par le fait d'en être privé ne cède pas à la panique en croyant illusoirement qu'on t'a privé de tes propres possessions, car Dieu a la préséance sur toi et sur ce qu’Il t'a donné ; à Lui appartiennent ce qu'Il a pris et ce qu'Il a donné. Si tu es éprouvé par la garde de ces biens, tu ne devrais pas être lâche dans le jihâd, en être séduit dans l'obéissance ou en être rassuré dans la désobéissance.
     Allah  a dit:
{Ô vous qui croyez! Ne trahissez ni Dieu, ni Son Prophète ; vous ne respecteriez donc pas les confiés, alors que vous savez ? Sachez que vos biens et vos enfants constituent pour vous une tentation, mais qu'une récompense sans limites se trouve auprès de Dieu} [ Sourate 8 : versets 27-28 ].

      La signification de l’amanat implique également de respecter les obligations des réunions privées auxquelles tu assistes en interdisant à ta langue de répandre leurs secrets et de rapporter ce qui y est dit. Combien de fils sont rompus et combien d'intérêts sont affectés à cause du mépris de certains pour l’amanat des réunions confidentielles en rapportant les conservations qui s 'y échangeaient; peu importe d'ailleurs qu'on les attribue ou non à leurs auteurs.

En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:  " Si un homme échange avec un autre une conversation puis s'en va, ce qu'il a dit est une amanat" [ Rapporté par Abû Dâwud ].
La sacralité des propos des réunions privées, confidentielles se préserve tant que ce que s'y dit et s'y fait obéit aux règles de politesse et de prescription de la Foi, car sans cela ces réunions perdent leur sacralité.
     C'est pourquoi le fidèle musulman, qui assiste à une réunion où les criminels complotent contre autrui en vue de lui nuire, est tenu de les en empêcher autant qu'il peut sans les provoquer.
En effet, l'Envoyé de Dieu  a dit:
" Dans toute réunion on est tenu par l’amanat, sauf dans trois cas: s'il s'agit d'une réunion où l'on prône l'effusion d'un sang illicite, où l'on encourage la fornication, où l'on cherche à s'emparer illégitimement d'un bien" [ Rapporté par Abû Dâwud ].
De même, les rapports conjugaux ont, aux yeux de l'Islam, une sacralité particulière. Ainsi, les secrets de la vie du couple doivent être scrupuleusement gardés et soustraits aux indiscrétions d'autrui quels que soient les liens de parenté. Or, les gens stupides du commun répandent souvent ce qui se passe entre eux et leurs épouses. C'est là une abjection interdite par Dieu.
     Asma Bent Yazîd rapporte, pendant qu'elle se trouvait en présence de l'Envoyé de Dieu  en compagnie d'autres hommes et femmes qui étaient assis, qu'il a dit:
"Peut-être y a-t-il des hommes qui rapportent ce qu'ils font avec leurs épouses et des femmes qui répandent ce qu'elles font avec leurs époux". Un silence de plomb pesa sur l'assistance. Et j'ai dit alors: "Oui. Par Dieu! C'est vrai, ô Envoyé de Dieu ! Ils font cela et elles font cela ! Il a dit: Ne le faites plus. Cela s'apparente à un démon qui a rencontré une femelle de son espèce qu'il a couverte pendant que les gens les regardent" [ Rapporté par Ahmad ].
L'Envoyé de Dieu a dit également:
" L’amanat aux conséquences les plus lourdes auprès de Dieu le Jour de la Résurrection, c'est qu'un homme échange des confidences avec son épouse puis répande ce secret" [ Rapporté par Ahmad ].

De même, les dépôts qu'on nous confie pour les garder un moment avant de les restituer à leurs propriétaires quand ils les réclament font partie des amanats pour lesquels nous devons répondre. Ainsi, l'Envoyé de Dieu  en émigrant à Médine s'est fait remplacer à la Mecque par son cousin ’Alî Ibn Abî Tâlib  pour restituer aux polythéistes les dépôts qui lui avaient été confiés ; bien que ces polythéistes faisaient partie de ceux qui l'ont persécuté et l'ont obligé à quitter son pays natal pour préserver sa Foi. C'est dire que l’homme noble ne s'abaisse pas même devant des vils.
     Maymun Ibn Mihrân a dit : "Trois choses doivent être restituées aussi bien à l’homme de bien qu'au dépravé : l’amanat, l'engagement et le respect des liens de sang". Considérer dans ces conditions un dépôt comme un gain peu coûteux, constitue une forme de vol abjecte.

     ‘Abdallâh Ibn Mas'ûd  a dit (Ahmad) : "Mourir pour Dieu efface tous les péchés, sauf celui de manquer à l’amanat. En effet, au Jour de la Résurrection on amène le serviteur - même s'il est mort pour Dieu - et on lui dit : Acquitte-toi de ta amanat ! Il dira: Oui mon Seigneur! Mais comment faire alors que la vie terrestre n'y est plus ? On dira alors: Emmenez-le au grand abîme, et sa amanat prend pour lui la forme qu'elle avait le jour où elle lui fût confiée.
Il la verra et la reconnaîtra. Il descendra dans cet abîme à sa recherche jusqu'à ce qu'il la retrouve. Il la mettra sur ses bras pour la remonter pensant ainsi qu'il s'en est sorti. Mais elle retombera et il plongera sur ces traces et il continuera ainsi éternellement». Puis Ibn Mas'ûd ajouta: "La prière est une amanat, les ablutions mineures (al-wudhu), sont une amanat, la pesée est une amanat, la mesure de capacité est une amanat et bien d'autres choses. Mais l’amanat la plus lourde, c'est celle des objets confiés en dépôt».
Le rapporteur de ce hadîth ajoute ceci: Je suis allé voir al-Barrâ’ Ibn 'Azib et je lui ai dit: Que penses-tu de ce que dit Ibn Mas'ûd ? Al-Barrâ m'a répondu : Il dit vrai. N’as-tu pas entendu cette Parole de Dieu: {Dieu vous ordonne de restituer les dépôts à leurs propriétaires et de juger selon la justice lorsque vous jugez entre les hommes} [ Sourate 4 : verset 58 ].
     L’amanat qui invite à respecter les droits et préserve de la bassesse ne peut atteindre ce sommet que si elle imprègne la conscience de l'individu, s'enracine dans les tréfonds de son être et domine tous ses affects. Ceci est attesté par le sens du hadîth rapporté par Hudhayfa Ibn al-Yamâne :
" L'Envoyé de Dieu a dit : l'amanat est descendue au fond des coeurs des hommes. Puis le Coran est descendu. Et ces hommes ont été initiés par le Coran et initiés par la sunna" [ Rapporté par Muslim ].

     Mais pour être initié par la Loi religieuse il faut la pratiquer. Ainsi, l’amanat est une conscience vivante à côté de la bonne compréhension du Coran et de la sunna. Car, si la conscience meurt, l’amanat est arrachée et il ne sert à rien à l'individu de psalmodier les versets et d'étudier les conduites exemplaires. Ceux qui prétendent devant les autres, et tendent même de se convaincre, qu'ils sont intègres ne font que se leurrer et n'abusent nullement autrui, car l’amanat ne s'installe pas dans un coeur qui nie la vérité. Poursuivant son récit qui décrit comment l’amanat s'infiltre dans les coeurs baignés dans la certitude, Hudhayfa rapporte sur l'Envoyé de Dieu:
« Puis il nous a parlé comment l’amanat sera levée en disant : L’homme s'endormira et l’amanat se contractera dans son coeur en n'y laissant qu'une petite trace noire. Puis l'homme s'endormira de nouveau et l’amanat se contractera en n’y laissant qu'une tâche noire. Et les hommes se remettront ensuite au négoce sans qu'il y ait un seul qui s'acquitte de l’amanat au point qu'on en dise : il y a chez tel groupe un homme intègre, et qu'on dise d'un homme : Quel homme persévérant, avenant et sensé! Alors que dans son coeur il n’y a pas la moindre trace d'un atome de Foi».

Ce hadîth donne de l'extirpation de l’amanat des coeurs traîtres une description terrible. En effet cela ressemble aux souvenirs du bien dans les âmes maléfiques ; ils traversent ces âmes sans en faire partie et risquent de laisser sur leur passage une trace amère. Pourtant, ils ne peuvent revivifier une conscience morte dont le possesseur évalue les hommes en fonction de ses convoitises et ses désirs, sans prêter attention à la moindre différence entre Foi et incroyance.
     C'est dire que l’amanat est une immense vertu que ne peuvent supporter les hommes chétifs. Dieu a donné un exemple qui montre son ampleur en indiquant qu'elle est pesante même pour l'Existence entière et que par conséquent l’homme ne doit pas la sous-estimer ou négliger ses exigences. Dieu  a dit:
{Oui, Nous avions proposé le dépôt de la Foi (al-amanat) aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s'en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé, mais il est injuste et ignorant} [ Sourate 33 : verset 72 ].
 L'injustice et l'ignorance sont deux maux qui affectent la nature originelle de l'homme, d'où son épreuve pour lutter contre ces deux maux. Car il ne peut avoir une Foi pure s'il ne se débarrasse pas de l'injustice :
{Ceux qui croient et ceux qui n'entachent pas leur Foi d'injustice se trouvent en sécurité}
[ Sourate 6 : verset 82 ].
De même cet homme ne peut avoir la piété et la crainte révérencielle que s'il se débarrasse de l'ignorance:
{De tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants le craignent vraiment} [ Sourate 35 : verset 28 ].
C'est pourquoi, après avoir lu le verset précédent sur le dépôt de la Foi, tu trouveras que ceux qui ont cédé à l'injustice et à l'ignorance, qui ont trahi et manifesté leur hypocrisie et leur polythéisme ont mérité le châtiment, et que la sûreté et la sécurité ne sont acquises que pour ceux qui sont attachés à la Foi et à l’amanat :
{Il en est ainsi afin que Dieu châtie les hommes hypocrites et les femmes hypocrites ; les hommes polythéistes et les femmes polythéistes ; et afin que Dieu accorde la piété aux croyants et aux croyantes. Dieu est celui qui pardonne. Il est miséricordieux} [ Sourate 33 : verset 73 ].

extrait du livre L'éthique du musulman - De Mohammed Al-Ghazali - Edtion Al-Qalam