Aujourd'hui, Horaire de prière à (Angers)

lundi 21 décembre 2015

L’aide d’Allah et Son abandon. "Fawâ’id Ibn Al-Qayyim"

J’ai ensuite réfléchi à la question suivante : existe-t-il des facteurs qui font que l’on est aidé ou
abandonné par Allah ? Ou bien Son aide et Son abandon découlent ils de Sa simple volonté
sans être motivés par une raison particulière ?
J’en suis alors arrivé à la conclusion que la cause première réside dans le caractère approprié
ou inapproprié de l’être en question. Allah ta’ala a créé les êtres de telle façon qu’ils se
distinguent les uns des autres en terme d’adéquation et d’acceptation et ce de façon notoire.
Ainsi, les êtres inanimés ne peuvent accepter ce qu’acceptent les êtres vivants, et dans les
deux cas, ils se distinguent les uns des autres dans leur aptitude à accepter certaines choses.
Ainsi, les êtres vivants parlants (les êtres humains) acceptent ce que ne peuvent accepter les
êtres vivants muets (les animaux).
D’ailleurs, les premiers se distinguent les uns des autres en terme d’acceptation de façon
 notoire, de même que les seconds se distinguent les uns les autres dans le même registre,
sans pour autant que la différence soit aussi marquée que celle distinguant les être humains.
Si donc l’être en question accepte le bienfait, c’est qu’il le reconnaît, se rend compte de sa
valeur et de son importance, remercie le Bienfaiteur, Lui adresse les éloges appropriés et Le
vénère en conséquence. Il saura que ce bienfait découle de Sa plus pure générosité et de Sa
grâce la plus naturelle, tout en sachant qu’il ne le mérite pas le moins du monde, qu’il ne lui
revient pas de droit, et qu’il n’y est pour rien dans sa réalisation. Il reconnaîtra que ce bienfait
est l’œuvre d’Allah Seul et qu’Il en est le Seul Auteur. Il vouera à Allah un culte exclusif
concernant ce bienfait, l’utilisera dans ce qui suscite Son amour dans le but de Le remercier et
reconnaîtra que ce bienfait est le fruit de Sa générosité la plus absolue. Il reconnaîtra aussi sa
faiblesse, sa négligence, son impuissance, et son incapacité à L’en remercier pleinement, et
saura que si Allah fait durer ce bienfait, ce n’est que par pure aumône, grâce et bienfaisance.
Si en revanche Il le lui retire, c’est que le serviteur ne mérite rien d’autre que cela.
Plus Allah déverse Ses bienfaits sur Son serviteur et plus ce dernier fait preuve d’humilité, de
déférence et de soumission à Son égard. Il le remerciera plus encore, et craindra qu’Allah
ta’ala ne lui retire ce bienfait en raison de son manque de reconnaissance, comme Il a retiré
Ses bienfaits à ceux qui ne les ont pas reconnus et ne les ont pas gérés comme il se doit.
En effet, quiconque ne remercie pas Allah pour Ses bienfaits et se comporte de façon contraire à l’attitude qu’il convient d’adopter, verra ces bienfaits disparaitre inévitablement.
Allah ta’ala dit : « Ainsi, éprouvons Nous (les gens) les uns par les autres, pour qu’ils disent :
Est ce là ceux qu’Allah a favorisés parmi nous ? Allah n’est Il pas plus à même de connaître ceux
qui sont reconnaissants ? » (Sourate Al An’âm verset 53)
Ceux qui sont reconnaissants sont ceux qui connaissent la valeur du bienfait, l’acceptent,
l’aiment, font l’éloge du bienfaiteur, aiment ce dernier et lui sont reconnaissants.
Allah ta’ala a dit : « Et lorsqu’une preuve leur vient, ils disent : Jamais nous ne croirons tant
que nous n’aurons pas reçu un don semblable à celui qui a été donné aux messagers d’Allah.
Allah sait mieux où placer son message. » (Sourate Al An’âm verset 124)
Les causes de l’abandon :
Allah ta’ala abandonne Son serviteur dès lors que celui ci est un réceptacle inapproprié
et inadapté pour Ses bienfaits, et qu’il ne les accepte pas, en ce sens que lorsque un bienfait
 l’atteint, il dit : ce bienfait est mien, et il m’a été octroyé car je le mérite et qu’il me
 revient de droit.
Allah ta’ala dit : « Il dit : C’est par une science que je possède que ceci m’est venu. »
(Sourate Al Qasas verset 78)
C’est à dire que c’est par une science qu’Allah sait que je possède que je suis digne de cela,
que je le mérite, et qu’il me revient de droit. Al Farrâ’ a dit au sujet de ce verset : C’est à dire,
c’est parce que je présente des mérites, que je peux y prétendre et être digne de ce qui m’est
octroyé (que cela m’est venu).
Muqâtil -qu’Allah lui fasse Miséricorde- a dit : « C’est à dire, c’est une raison d’un bien
que je possède et qu’Allah connaît (que cela m’est venu). »
Abd Allah ibn Al Hârith ibn Nawfal -qu’Allah l’agrée-, après avoir mentionné le Prophète
Sulaymân fils de Dâwûd (que la paix soit sur eux) et le royaume qu’Allah lui avait octroyé,
cita la parole d’Allah ta’ala : « Ceci est une des grâces de mon Seigneur pour éprouver ma reconnaissance ou mon ingratitude. » (Sourate An Naml verset 40)
Et Sulaymân paix sur lui n’a pas dit : Ceci est digne du haut rang que j’occupe.
Puis ‘Abd Allah ibn Al Hârith -qu’Allah l’agrée- mentionna le cas de Qârûn et la parole
d’Allah ta’ala : « Il dit : C’est par une science que je possède que ceci m’est venu. »
(Sourate Al Qasas verset 78)
C’est à dire que Sulaymân que la paix soit sur lui considérait que ce qui lui avait été octroyé
découlait de la grâce d’Allah et de Sa faveur et que c’était là une épreuve.
Alors que Qârûn considérait qu’il s’agissait là d’un bien émanant de lui et qu’il le méritait.
Il en est de même concernant la parole d’Allah ta’ala : « Et si Nous lui faisons goûter une
miséricorde de Notre part, après qu’une détresse l’a touché, il dira certainement :
Cela m’est dû ! ». (Sourate Fussilat verset 50)
C’est à dire que je le mérite, que j’en suis digne, et que cela me revient de droit, tout comme
le royaume d’un roi lui revient de droit.                                                       
Le croyant quand à lui considère que ces bienfaits sont la propriété de son Seigneur. Ils sont
une faveur de sa part qu’Il a gracieusement octroyée à Son serviteur sans que ce dernier ne la
mérite. C’est donc une aumône qu’Il verse à Son serviteur. S’Il voulait, Il pourrait ne pas la
verser, et s’Il en privait Son seigneur, Il ne le priverait pas d’une chose qui est son dû mérité
.Si le serviteur ne prend pas conscience de cette réalité, il croira que ce bienfait lui est octroyé
car il le mérite et en est digne. Il s’enflera d’orgueil, transgressera par ce bienfait les limites
qui lui sont assignées, et se croira supérieur aux autres qu’il méprisera. Tout ce que son âme
aura gagné sera donc cette allégresse et cette vanité, comme le dit Allah ta’ala :
« Et si Nous faisons goûter à l’homme une grâce de ²Notre part, et qu’ensuite Nous la lui
arrachons, le voilà désespéré et ingrat. Et si Nous lui faisons goûter le bonheur, après
qu’un malheur l’a touché, il dira : Les maux se sont éloignés de moi, et le voilà qui exulte,
plein de gloriole. » (Sourate Hûd verset 9)
Allah réprouve ici l’être humain en raison du fait qu’il désespère et fait preuve d’ingratitude
lorsqu’il est éprouvé par quelque malheur, et du fait qu’il exulte et s’enorgueillit lorsqu’il est
éprouvé par les bienfaits. Et au lieu de louer Allah, Le remercier, et Lui adresser des éloges
pour avoir éloigné de lui le malheur, l’être humain dit : Les maux se sont éloignés de moi. Et
s’il avait dit : Allah a éloigné de moi les maux par Sa miséricorde et Sa grâce, il n’aurait pas
été blâmé, et cela aurait même été un acte louable de sa part. Cependant, l’être humain oublie
le véritable Bienfaiteur, croit que les maux disparaissent d’eux mêmes, exulte et s’enorgueillît.
Si le cœur du serviteur recèle ces fléaux, et qu’Allah ta’ala sait cela de lui, ce sera là une des
plus importantes causes d’abandon et de délaissement du serviteur par Allah. En effet, le
serviteur sera alors considéré comme un réceptacle inapproprié aux bienfaits absolus et
complets, comme le dit Allah ta’ala :
« Les pires des bêtes auprès d’Allah, sont, (en vérité), les sourds muets qui ne raisonnent
pas. Et si Allah avait reconnu en eux quelque bien, Il aurait fait qu’ils entendent. Mais
même s’Il les faisait entendre, ils se détourneraient en s’éloignant. »
(Sourate Al Anfâl verset 22-23)
Allah nous informe dans ce verset que ces gens sont impropres à accepter Son bienfait. En
plus de cela, il est un autre obstacle empêchant que ce bienfait leur parvienne, à savoir qu’ils
se détournent dès lors qu’ils le reconnaissent et en prennent conscience.
Il convient aussi de savoir que les causes de l’abandon résident dans le fait de laisser l’âme
dans son état originel, en la négligeant et sans s’occuper d’elle. Les causes de l’abandon
émanent donc d’elle et sont en elle. Quant aux facteurs suscitant l’aide d’Allah, c’est le fait
qu’Allah permette à l’âme d’être un réceptacle susceptible d’accepter les bienfaits. Les
facteurs suscitant l’aide d’Allah viennent donc de Lui et émanent de Sa grâce. Allah reste tout
de même le Créateur des causes de l’abandon et des facteurs suscitant Son aide. C’est en tout
point comparable au fait qu’Il a créé la terre, en faisant en sorte que certaines terres soient
fertiles et d’autres stériles. Il a aussi créé les arbres : certains sont susceptibles de donner des
fruits et d’autres non. Il a aussi créé les abeilles de telle façon qu’elle puisse sortir de leur
jabot un liquide aux couleurs variées, alors que les guêpes ne peuvent en faire autant. Ainsi, Il
a créé les âmes bonnes de telle façon qu’elles sont susceptibles de Le mentionner, de Le
remercier, d’accepter Ses preuves, de Le vénérer, de Le révérer, de l’adorer sans Lui associer
quoi que ce soit, et de porter conseil sincère à Ses serviteurs. En parallèle, Il a créé des âmes
mauvaises qui ne peuvent accepter tout cela, et qui acceptent même le contraire.
Et Allah est Sage et Savant.