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lundi 13 avril 2015

L’AMOUR : L'énigme de la mort - 5 - Moustafa MAHMOUD

La concupiscence
est signe de ton appartenance à l’espèce humaine.
Elle te révèle ta sexualité.
L’amour, lui, révèle ton âme, ton Moi.
Lorsque concupiscence et amour
ne créent en toi qu’insatisfaction sur insatisfaction
vois-y une invitation secrète
à te tourner vers ton Bien-aimé véritable.

Je t’aime !
Des mots délicieux qui nous troublent et nous donnent le vertige.
Le temps, l’espace, notre raison, notre cœur, notre langage… tout en nous perd ses assises. Tout se disloque lorsque nous disons : « Je t’aime ! »
Les mots ne sont plus alors d’aucune utilité. Ils font place à un silence éloquent et expressif.
Le temps et l’espace s’estompent dans une semi-inconscience où les instants interrompent leur enchaînement pour se fondre en un profond sentiment d’ivresse, de bonheur et d’euphorie.
L’ivresse peut être de courte durée. Ce seul instant, pourtant, se mue en éternité. Grâce à l’amour qui le rend éternel, il reste à jamais présent à l’esprit. Il continuera plus tard, de longues années durant, à accompagner celui qui l’a vécu, comme une ombre qui le suit tout au long de sa vie. Il l’envahit, consciemment ou, pendant le sommeil, sous forme de rêves ou d’hallucinations. Il adhère à lui, de l’intérieur. Impossible dès lors de s’en séparer, malgré le flot de paroles et les mille et une occupations futiles qui peuplent chacune des journées. Pour celui qui l’a vécu, cet instant fait partie de lui-même. Il vit de sa vie. Il meurt de sa mort…
Dans l’amour se produit entre nous une communication de loin supérieure à celle des corps. La porte du réel est grande ouverte, permettant un contact entre deux intimités, entre les qualités et les sentiments de chacun des deux amants.
Une harmonie naît ainsi entre les pensées, les personnalités et les sensibilités.
En cet instant, les deux êtres s’imaginent ne faire plus qu’un. Plus aucun voile, celui de l’égoïsme y compris, ne les sépare. Ils sont unis par une même cause, dans une commune pensée.
Toutefois, cet instant est fugace, car l’épaisseur de la réalité s’interpose à nouveau entre les deux amants. Ils se préoccupent de ce qui les séparera encore l’un de l’autre : souci du temps et de l’heure toute proche, du rendez-vous qui prend fin, du moment qui contraint chacun à retourner à son travail ; souci de la distance qui les séparera, chacun devant regagner son chez-soi ; souci du corps qui les enferme l’un et l’autre dans un être indépendant, fait de chair et de sang ; souci de la société qui les absorbe et exige d’eux des engagements et des obligations ; souci du passé qui survient, compagnon gênant, à tout moment…
Nous ne vivons pas seuls. Il y a les autres, et tous nous disputent notre liberté, notre pain, notre vie.
Dans la foule, nous disparaissons. La réalité détruit nos rêves. Elle nous entraîne dans le tourbillon de sa ridicule monotonie : manger-boire-dormir… Nous n’y échappons que pour nous y perdre à nouveau. Et notre vie se passe dans la grisaille d’une routine où jamais nous ne nous retrouvons nous-mêmes… Impossible de goûter à l’amour, de le connaître.
Le mariage peut donner lieu à une vie idiote et tranquille. Nous rencontrons notre femme exactement comme nous pointons au registre des présences au bureau. Une signature chaque nuit pour prouver que nous sommes fidèles au rendez-vous… une vie sexuelle sans la moindre affection profonde, notre femme n’étant rien d’autre pour nous qu’une femelle pour satisfaire notre besoin… La servante, ou n’importe quelle autre femme, pourrait la remplacer et nous n’en ressentirions aucun manque, aucune perte !
La concupiscence n’est pas l’amour.
Elle est de loin inférieure à l’amour. C’est un désir, lié à la sauvegarde de l’espèce, qui n’a rien de personnel. Elle est une relation entre deux natures et non entre deux personnes. Une relation de masculinité-féminité…
Par elle, l’individu ne se révèle pas lui-même. Il manifeste uniquement son espèce et sa sexualité.
L’amour inclut le désir charnel, mais l’inverse n’est pas vrai. Par l’amour, tu ne démontres pas uniquement que tu es un mâle, mais également que tu es Untel, que tu as choisi telle femme et que tu ne veux l’échanger pour nulle autre.
Les mots « Je t’aime » sont les plus intimes, les plus beaux dans la vie d’un homme. Pour lui, ils ne sont pas de simples mots, mais une fenêtre de laquelle il découvre sa vérité et son mystère.
Une vie sans amour est une vie sans âme ; une vie désolée, stupide, privée d’enthousiasme, de saveur et de joie ; une vie faite d’un déferlement de désirs qui s’épuisent et meurent de dégoût, d’ennui, de déception.
Une vie sans amour est un exil.
Le plaisir de la chair ne te comble pas. Il n’étanche pas ta soif. Il ne peut remplacer l’amour.
C’est uniquement un moyen pour fuir, pour te faire oublier tes préoccupations et t’en débarrasser.
Comme le vin, le jeu et la drogue, il porte à l’inconscience, à l’épuisement, à l’abrutissement.
Seul l’art peut se substituer à l’amour parce que, comme lui, il pénètre le cœur. Comme lui, il met à découvert notre Moi profond. Il est la boussole qui nous guide vers des moments de plénitude. Il nous informe sur les trésors et les secrets qui gisent en nous.
Les œuvres d’art portent la marque du germe d’immortalité que l’homme qui les crée porte en lui. Les moments impérissables qu’il vit portent la marque de l’éternité qu’il porte en son cœur.
L’amour plus profond que tout amour, seuls l’expérience mystique et le sentiment religieux peuvent le faire naître dans le cœur. C’est en effet la religion qui ramène l’homme à la Source d’où il provient. C’est elle qui s’empare de l’homme trébuchant dans le temps et l’espace pour l’élever vers les cieux de l’éternité. Seul l’Amour est capable de cela, le sommet de l’amour où l’homme, dans le culte qu’il rend à Dieu, s’anéantit lui-même et renonce à ce bas monde par désir de son Créateur.
L’amour de l’homme envers une femme, son amour de l’art, son amour de la beauté, que sont-ils sinon les pas du guide secret qui nous achemine vers Dieu, vers l’unique Être aimé qui ait droit à notre amour ? Ce sont les étapes d’un voyage nous conduisant jusqu’au terme de l’étape finale.
Progressivement, l’homme découvre que les objets de son amour n’ont pas d’existence véritable. La rose se fane, le soleil disparaît au couchant, la femme vieillit, la nouveauté en art finit pas s’user.
Il se rend compte que la femme ne possède pas la beauté qu’il voit en elle, car cette beauté se flétrit avec la vieillesse. Ce n’est pas « sa » beauté, mais uniquement un dépôt qui lui est confié et qui est ensuite restitué.
L’ardeur du désir s’assouvit.
L’affection s’attiédit.
L’homme tourne alors son amour vers une autre femme. Et une fois encore, c’est l’échec, le dégoût, l’ennui…
Il ne peut être prisonnier des bras qui l’enlacent. Son amour exige davantage. Aussi, après en avoir franchi et dépassé les limites, il se tourne vers les valeurs de l’art, du beau, du bien, de la justice, de la vérité… ces idéaux au seuil desquels il découvre qu’il est, de toute la force de son amour, en quête de Dieu.
Dieu est l’Être unique en lequel s’incarnent toutes ces valeurs infinies.
Dieu est l’Illimité face au limité.
Finalement, l’homme trouve ici la réponse à l’énigme qui l’a si longtemps angoissé : « Pourquoi ai-je été créé ? Quelle est la raison de mon existence ici-bas ? »
Maintenant, il sait qu’il a été créé pour parvenir à la vérité sur lui-même, pour connaître son Dieu.
Le sol de son existence n’est rien d’autre qu’un champ où il a été semé avec toutes ses potentialités pour que celles-ci s’épanouissent, fructifient et se réalisent, virtualités qui sont cachées au tréfonds de sa personne comme le germe dans le grain de blé.
L’homme se voit doté d’une volonté grandiose qui est mal à l’aise et se débat dans l’enveloppe corporelle où elle est confinée. Il ne peut marcher que lentement, un pas après l’autre. Il ne lui est permis de vivre qu’une vie fractionnée, instant par instant. Et à chaque pas, à chaque instant, les œuvres qu’il accomplit sont la marque de son passage.
Qui es-tu ?
Que veux-tu dire ?
Qu’as-tu l’intention de faire ?
Qu’y a-t-il au fond de ton cœur ?
Chaque jour, l’homme doit remplir la feuille d’examen et répondre à ces éternelles questions pour découvrir ce qu’il cache au-dedans de lui et réaliser son Moi.
L’amour de lui-même, l’amour qu’il porte à une femme, son amour du prestige et du pouvoir le conduisent de déception en déception, de dégoût en dégoût, de frustration en frustration… jusqu’au jour où brille en lui l’amour de la Vérité qui lui indiquera le chemin vers le seul Être absolument parfait.
Son amour croît en profondeur jusqu’à devenir culte et prière. Il progresse sur la voie du retour vers la Source des lumières.
Désormais, l’homme ressent qu’il a eu accès à son être véritable et qu’il a appris à connaître son Dieu. Il connaît son but et la voie pour l’atteindre.
Il sait que les tourments, les peines, les frustrations et les désespoirs qu’il a endurés n’ont pas été vains, car toutes ces souffrances furent les signes qui lui montrèrent le chemin et lui révélèrent son identité véritable. Elles furent pour lui une boussole et un guide dans l’océan des ténèbres.
C’est ainsi que Dieu a créé la vie.
L’homme est une merveille de contradictions.
Voué au néant, il renferme un être immortel.
Condamné à mourir, il recèle un vivant.
Serviteur, il a en lui un cœur libre.
Lié au temps, il renferme l’éternité.
Son amour, son art, sa réflexion, sa santé, sa maladie, son corps, son anatomie, tout en lui trahit une constitution contradictoire.
Tout ici-bas l’enchaîne. Il est prisonnier de son corps comme d’une camisole de force. Ces liens toutefois ne l’empêchent pas de nourrir au fond de lui-même ce qu’il saura imposer aux circonstances. Il fond le fer, aplanit les montagnes, creuse les tunnels, lance une fusée de plusieurs tonnes sur la lune, lui, petit corps gélatineux fait de chair et de sang !
Il se couche, en proie à la maladie, à la paralysie, au désespoir. Et voici qu’uni à une femme, il engendre un enfant exubérant de santé.
Où donc, dans la maladie, se cachait cette vitalité ?
Il semble faible, peu rusé. Une balle d’un millimètre l’abat comme un chien. Mais avant de mourir, il a encore la force de pousser un cri qui détruit l’édifice de tout un système.
D’où sort cette voix ? D’où émane cette pensée ? D’où jaillissent ces sentiments ? D’où provient le bouillonnement de telles forces illimitées ?
Son anatomie révèle une matière qui peut être pesée et mesurée, une matière soumise au temps.
Mais sa conscience révèle une autre matière, un autre temps de la vie humaine, différent du temps des heures et des minutes, un temps qu’il peut librement raccourcir ou rallonger, à son gré. Par l’amour, l’inspiration poétique ou l’expérience mystique, cette conscience s’approfondit à certains moments, débouchant sur une vérité plus étrange encore.
Un troisième horizon se présente à l’homme, à l’intérieur de lui-même.
Le temps, ici, n’intervient pas et les instants ne disparaissent plus. Instants de plénitude, ils sont impérissables, s’imposant sans discontinuité à la conscience, accaparant toute l’affection.
Que sont ces instants ?
Sont-ils la brèche débouchant sur le secret de l’homme ?
Et quel est ce secret dissimulé ?
Est-ce l’esprit ?
Qu’est-ce que l’esprit ?

L’esprit est liberté.
La liberté est l’essence même de l’homme et de son esprit.
Essayant de comprendre ce qu’est cette liberté, nous nous approcherons de la compréhension de ce qu’est l’esprit…
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