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dimanche 12 avril 2015

La Justice éternelle-Du doute à la foi - 5: L’itinéraire spirituel d’un musulman contemporain de Moustafa Mahmoud




  • Observez le chat lorsqu’il saute à la dérobée sur la table de ses maîtres pour y chaparder une tranche de poisson…
    Observez-le ! Notez son regard à l’instant du larcin ! Jamais vous n’oublierez le sentiment de culpabilité qu’il trahit.
    Avec sa seule intelligence animale, le chat ressent de façon obscure qu’il est fautif. Donnez-lui une tape pour le punir, il prendra un air dépité, la tête basse, comme s’il percevait vaguement qu’il n’avait reçu que ce qu’il méritait.
    Ce pressentiment est inné, inhérent à la nature que la créature hérite de son Créateur. Tel est le sens moral premier dont nous trouvons trace jusque chez l’animal.
    Le chien qui a fait ses besoins se met à flairer ce qu’il vient de faire et à gratter la terre par-dessus pour le cacher aux regards. Sa réaction instinctive prouve une perception de ce qui est honteux et un empressement à le dissimuler.
    Un tel comportement est inné, non acquis par l’apprentissage. Tous les chiens l’adoptent dès leur naissance.
    Il en est de même de la colère du chameau qui a été longtemps délaissé par son maître et qui est à bout de patience. Ou encore de l’orgueil du lion qui ne condescend pas à attaquer sa proie en traître, par l’arrière. C’est toujours par devant qu’il fond sur elle, de face. Il ne la tuera que pour se nourrir et ne cherchera à se nourrir, donc à tuer, que lorsqu’il est affamé.
    Toutes ces mœurs sont viscérales, inscrites dans la nature même des animaux.
    Fidélité du couple chez les pigeons…
    Attachement au groupe chez les animaux se déplaçant en troupeaux…
    Ces premières bases de la conscience morale, les animaux les portent dans le sang. Elles sont inhérentes à leur constitution naturelle et non le fruit de quelque apprentissage.
    Nous-mêmes, avant d’agir, nous hésitons par suite d’un sentiment inné de notre responsabilité. Une fois l’action en cours, nous éprouvons l’obligation qui nous harcèle de poursuivre le bien. Finalement, lorsque nous avons commis une faute, le remords nous accable.
    Ces sentiments innés, que partagent aussi bien l’intellectuel que le primitif ou l’enfant, sont la marque d’une intuition qu’a tout homme de l’existence d’une loi, d’un ordre, d’un jugement final, d’une justice qui est à la fois une obligation et un droit. Dès notre naissance, nous portons en nous cette intuition. Elle nous vient de notre nature même, du Créateur qui nous a façonnés.
    Considérons maintenant le monde de la matière, de l’infiniment petit (l’atome) à l’infiniment grand (les galaxies). Nous constatons que tout s’y déroule conformément à des lois, avec ordre et précision.
    Dans la sphère du noyau atomique, l’électron ne saute d’une orbite à l’autre qu’en émettant ou recevant une quantité d’énergie équivalente à la valeur de son déplacement, tel le passager ne pouvant voyager en train que s’il paie le montant de son billet.
    La naissance et la mort des étoiles ont leurs lois et leurs causes.
    Le mouvement des planètes est établi en fonction des lois de la gravitation universelle.
    La transformation de la matière en énergie et l’irradiation solaire suivent certaines constantes précises.
    La lumière se déplace à une vitesse donnée.
    Chaque onde a une longueur, une amplitude et une vitesse déterminées.
    Chaque métal produit un spectre et a des lignes d’absorption distinctives observables au spectroscope.
    Sous l’effet de la chaleur et du froid, les métaux se dilatent et se contractent selon une certaine mesure. Chacun a une masse, une densité, un poids atomique, un poids moléculaire, des constantes et des propriétés caractéristiques.
    Einstein a établi qu’il existe une relation entre la masse d’un corps et sa vitesse, entre le temps et le mouvement suivi à l’intérieur d’un ensemble en mouvement, entre le temps et l’espace.
    La répartition des corps en solides, liquides et gaz tient à la vitesse de déplacement de leurs molécules. Sous l’effet de la chaleur, cette vitesse s’accélère : les solides fondent et se liquéfient ; les liquides s’évaporent et se transforment en gaz.
    L’électricité est engendrée suivant certaines lois. Le courant électrique se propage, agit et influe différemment selon la tension et la puissance.
    Chaque étoile obéit aux lois de la gravitation en fonction de son volume et de sa masse.
    Les secousses telluriques, enfin, qui ressemblent à un chaos, suivent une progression bien précise, respectant un tracé qu’il est possible de relever et d’identifier sur toute la surface du globe terrestre.
    L’univers en son entier représente donc un ensemble de lois précises, évidentes et infaillibles.
    D’aucuns pourront protester : « Oui ! Mais que penses-tu de ce monde qui est le nôtre ? De ce monde de fraudes, de tricheries, de guerres, d’injustices, d’anarchie ? De ce monde d’iniquité où les hommes s’entretuent, poussés par la haine ? »
    Je leur répondrai : c’est autre chose ! Car ce qui se passe chez nous, dans notre monde des humains, est dû au fait que Dieu nous a confié la terre en nous y établissant seigneurs et en nous pourvoyant de liberté. Il nous a fait l’offre du dépôt, et nous avons accepté.
    Le don qui nous est fait de la liberté signifie que nous pouvons nous tromper ou être dans le vrai.
    Ce que nous constatons autour de nous, dans notre misérable monde humain, est la conséquence d’une liberté mal utilisée.
    Le chaos est notre œuvre à nous. Il est le fruit de notre liberté.
    Mais le monde comme tel est un chef-d’œuvre de précision et d’ordre, un ordre auquel Dieu pourrait, s’Il le voulait, nous contraindre, tout comme Il y a soumis montagnes, mers, étoiles et espace. Mais Dieu a écarté de nous cette possibilité, pour accomplir toute justice, pour que chacun de nous puisse agir librement, comme il l’entend et selon ce que lui dicte sa conscience.
    Telle est la justice voulue par Dieu pour que, dans l’Au-delà, chacun de nous hérite de la place et du rang qui lui échoient. La vérité apparaîtra alors et chacun recevra ce qui lui revient.
    La vie ne connaît pas d’interruption.
    Celle que nous vivons ici-bas n’est pas toute la vie, mais une période transitoire, faite d’iniquités et de désordres. Elle a pourtant sa sagesse et sa raison d’être. En toute justice, elle est un examen de passage donnant accès à la vie éternelle.
    Notre vie terrestre est une parenthèse sise entre un avant et un après. Elle n’est pas toute la vérité ni ne donne le fin mot de l’histoire. Elle représente seulement un petit chapitre d’un roman qui est loin d’être achevé.
    Écoutant la voix de sa nature, l’être humain, à commencer par le primitif, a perçu la réalité de l’Au-delà.
    Les Prophètes l’ont affirmée, après information reçue du Mystère.
    La raison, elle aussi, l’atteste. Nous y avons fait allusion plus haut : la science perçoit que l’homme est corps et esprit.
    L’homme est conscient de la réalité de son esprit, grâce à l’intuition profonde et durable qu’il a d’une présence à lui-même, malgré l’avalanche des mutations temporelles environnantes. Par là, il est informé de l’être intérieur qu’il possède, un être insensible aux changements, qui transcende le temps, le néant, la mort.
    Certains philosophes faisant autorité dans le monde de la pensée, comme Emmanuel Kant, Bergson ou Kierkegaard, ont affirmé la réalité de l’esprit et de l’Au-delà.
    La République de Platon contient un chapitre merveilleux sur l’immortalité de l’âme.
    Cette vérité s’est donc imposée aux intelligences, des plus éclairées aux plus humbles, telle une évidence première qu’il est difficile de nier.
    Mais la preuve la plus convaincante de la vie dans l’Au-delà réside, selon moi, dans le sentiment profond, inscrit en notre être même, de l’existence d’un ordre, d’une loi et d’une justice indéfectibles.
    Cette justice, nous l’exigeons de nous-mêmes et d’autrui, de façon innée et instinctive.
    Nous brûlons de la voir se réaliser.
    Nous luttons pour en établir les fondements.
    Nous mourons sur le chemin qui y mène.
    Mais, finalement, jamais nous ne la réalisons.
    Nous en concluons avec certitude qu’elle se manifestera plus tard, de quelque façon, car il s’agit d’une vérité absolue qui n’a cessé de s’imposer à notre esprit et à notre conscience.
    Que nous ne la voyions pas se réaliser ici-bas, c’est la preuve que notre vue est limitée et que notre pauvre monde terrestre n’est pas le tout de la vérité.
    Sinon, pourquoi nous révolterions-nous devant les injustices ? Pourquoi exigerions-nous constamment des autres qu’ils soient justes ? Pourquoi une telle aspiration ? Pourquoi nous enflammer de colère contre quelque chose qui n’existerait pas ?
    Pour reprendre l’affirmation du penseur indien Wahîd al-Dîn Khân, si la soif d’eau prouve l’existence de l’eau, la soif de justice doit, elle, prouver l’existence de la justice. Si la justice n’est pas de ce monde, c’est la preuve de l’existence de l’Au-delà, demeure de la justice véritable.
    Ce que notre pauvre nature nous fait saisir intuitivement est une preuve péremptoire que la justice existe réellement. Peut-être ne la voyons-nous pas aujourd’hui, mais demain, nous la verrons. Émanant du fond de notre être, cette certitude est fondée puisqu’elle nous est dictée par une intuition enracinée dans notre nature, faisant partie de l’ordre naturel indéfectible. Elle est l’une des nombreuses lois qui régissent l’existence.
    On pourra derechef protester : « Oublions donc un instant le monde des humains ! Pourquoi Dieu a-t-Il fait du porc, du chien et de l’insecte des animaux aussi vils ? En quoi sont-ils coupables ? Où est, en tout cela, la Justice divine ? S’il est vrai que Dieu ressuscitera tout être doué d’esprit, pourquoi ne ressuscitera-t-il pas le singe, le chien et le porc ? »
    La question est, certes, pertinente. Elle relève néanmoins d’un esprit qui, ne connaissant d’un procès que la moitié des pièces, voire qu’une seule ligne du dossier d’enquête, s’empresserait d’en arriver au verdict et à ses attendus.
    En réalité, tout animal a une âme.
    Et pour toute âme, Dieu a choisi le moule matériel approprié.
    Le porc a été créé porc… parce qu’il est porc. Tout simplement !
    Pour l’âme du porc, Dieu a choisi le moule matériel correspondant dans lequel il l’a déposée. Nous ignorons tout de cette âme. Pourquoi et comment le porc naît-il ainsi ? Là non plus, nous n’en savons rien.
    Qu’y a-t-il avant la naissance ?
    Qu’y a-t-il après la mort ?
    Un voile nous en sépare.
    À l’instar du Coran, les mystiques affirment qu’avant la naissance, nous étions dans un monde (ils l’appellent "monde de la préexistence spirituelle") et qu’après la mort, nous serons dans un autre monde. Dans ce monde sans mort, la vie sera éternelle, nous faisant monter indéfiniment, dans un continuel dépassement et une perpétuelle ascension, vers Dieu.
    La raison affirme la continuité entre ces deux mondes.
    La justice est une vérité éternelle que Dieu a gravée dans notre nature, au plus intime de l’être humain ou même animal. J’y ai fait allusion plus haut.
    Vérité absolue, cette justice nous révélera que l’enveloppe de matière dans laquelle vivent tous les animaux leur est dûment appropriée. Nous sommes certains de cette vérité, bien que ne sachant rien de précis sur les spécificités de la vie animale. Le porc a été créé tel par Dieu parce qu’à l’âme spécifique du porc, il fallait un revêtement matériel adéquat.
    Quant à la résurrection des animaux, le Coran l’affirme : « Il n’y a pas de bêtes sur la terre, il n’y a pas d’oiseaux volant de leurs ailes qui ne forment, comme vous, des communautés. Nous n’avons rien négligé dans le Livre. Ils seront ensuite rassemblés vers leur Seigneur. » (Coran : 6, 38)
    Le Coran nous révèle que ces communautés d’âmes seront rassemblées comme nous le serons nous-mêmes. Mais qu’adviendra-t-il d’elles par la suite ? Où seront-elles ? Quel sera leur sort ? C’est un mystère qui nous demeure voilé et devant lequel la curiosité reste sur sa faim.
    Ce serait viser l’impossible que de tendre à acquérir cette connaissance, avec le regard limité qu’est le nôtre.
    Si par contre nous reconnaissons, par notre perception intérieure et le fruit de nos méditations, que la justice est éternelle et immanente, car déposée par Dieu dans la nature des êtres, alors nous saurons beaucoup. Cela nous suffit même.
    Dans le premier chapitre du présent ouvrage, nous avons affirmé de Dieu qu’Il était une Intelligence totale et universelle, un Dieu Tout-Puissant, Créateur, Source d’inspiration et Providence pour ses créatures. Nous comprenons à présent comment Il a doté ces créatures d’une nature qui les oriente vers le Droit Chemin, par un effet de sa Providence et de sa Justice. Pour les guider, Il leur a envoyé sa Lumière par l’entremise des Prophètes et des Livres sacrés. Sinon, comment pourrait-Il être le Seigneur qui veille sur ses créatures et pourvoit à leurs besoins ?
    La véracité des Livres révélés est ici évidente : en matière de Science, de connaissance du Mystère, de Sagesse, de Loi et de Vérité, ils nous gratifient de ce que l’homme ne peut acquérir par lui-même, au prix de ses efforts personnels.
    Dieu est le Créateur juste qui inspire à ses créatures le chemin à suivre. Telle est la quintessence de toutes les religions, un principe premier auquel la raison parvient sans effort, puisqu’il est le fruit d’une connaissance innée.
    Il faut être expert en subterfuges pour prétendre le contraire. Il faut être extrêmement ingénieux, subtil et obstiné. Il faut faire appel à de vaines querelles qui, en fin de compte, sont vouées à l’échec parce qu’elles sont dénuées de tout fondement et qu’elles suivent la voie de l’orgueil et de l’opiniâtreté, faisant fi d’une analyse objective et impartiale et fermées aux appels de la droite nature.
    C’est ici qu’aboutit le long périple de ma réflexion qui m’a conduit de ce que j’écrivais dans Dieu et l’Homme à l’aumône qu’humblement j’ai demandée aux enseignements du Coran, de la Thora et de l’Évangile.
    À mon sens, il n’a rien de religieux celui qui, par fanatisme et parti pris, considère "son" Prophète comme le seul et unique prophète. Se représenter Dieu ainsi, c’est faire montre d’un esprit mesquin et rétrograde. C’est réduire Dieu à un shaykh de tribu, au nom d’un chauvinisme qui n’a rien à voir avec la piété.
    La seule représentation vraie de Dieu est de Le considérer comme le Dieu universellement généreux, mandant ses Prophètes à tous les êtres humains.
    • « Il n’existe pas de communauté où ne soit passé un Avertisseur. » (Coran : 35, 24)
    • « Oui, Nous avons envoyé un Prophète à chaque communauté. » (ibid. : 16, 36)
    • « Ton Seigneur n’a détruit aucune cité avant d’avoir envoyé un Prophète à la Mère des cités. »ibid. : 28, 59) (
    • « Nous avons donné l’inspiration aux Prophètes dont Nous t’avons déjà raconté l’histoire et à ceux dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire. » (ibid. : 4, 164)
    Nous concluons de ce dernier verset que Bouddha, par exemple, a pu être un prophète en son temps même s’il n’en est fait aucune mention dans le Coran.
    De même pour Akhenaton, compte tenu du fait que ses enseignements ont pu être falsifiés.
    Dieu veut par là éveiller en nous une foi ouverte à tous les Messages, à tous les Prophètes, à tous les Livres révélés, sans parti pris ni partialité aucune.
    C’est pourquoi Il nous impose l’Islam, car c’est l’unique religion à reconnaître la totalité des Envoyés, des Prophètes et des Livres révélés. Seul l’Islam parachève la Sagesse et la Loi des Messages antérieurs en les reliant à leur source et leur origine : le Dieu Unique et Miséricordieux qui a inspiré et mandaté tous les Guides de l’humanité, depuis Adam jusqu’à Muhammad, Sceau des Prophètes.
    Gandhi est l’exemple le plus parlant de cette conscience religieuse ouverte. Hindou, il n’en utilisait pas moins, dans sa prière, certains passages du Coran, de la Thora et de l’Évangile, ainsi que les enseignements de Bouddha. Avec humilité et amour, il exprimait ainsi sa foi en tous les Prophètes et tous les Livres inspirés par l’Unique Créateur.
    Ce faisant, Gandhi a mis en pratique ce qu’il affirmait. Toute sa vie, il l’a consacrée à la cause de l’amour et de la paix.
    Nonobstant les divergences de formulation entre les différentes religions, "la" religion est une du point de vue de la foi, car Unique est le Seigneur.
    Les croyants de toutes les religions appartiennent en fait à une même religion, car l’homme religieux n’accapare pas, pour lui seul ou pour un groupe déterminé, le Dieu Créateur et la Droite Guidance.
    Dieu est la Lumière des cieux et de la terre. Il prend soin de tous ceux qui Le cherchent. Il est le Dieu Bon et Miséricordieux, source de la Droite Guidance et de la Révélation pour tous les temps et toutes les époques. C’est ce qu’Il a décrété dans sa Justice éternelle. C’est la seule idée de Dieu qui soit digne de Lui. Sans cette foi ouverte, l’homme religieux n’en est plus un.
    Quant aux religions se scindant en diverses sectes qui se pourfendent mutuellement au nom de leur foi, elles brandissent l’étendard de la religion de façon mensongère. Elles se réclament en fait de la race, de la nationalité ou de leur appartenance à un groupe, comme le faisaient avant l’Islam les tribus médinoises des Aws ou des Khazraj, ou encore les héros des épopées du poète Antara Ibn Shaddâd. Leur lutte, censée défendre la cause de Dieu, n’a en fait d’autre motivation que d’orgueilleuses prétentions où périssent ensemble vainqueur et vaincu. C’est la plus grande offense faite à Dieu, car chacun délaisse le culte qui Lui est dû pour se prosterner devant sa propre statue, devant l’image qu’il se fait de lui-même.
    Le vrai culte commence par la connaissance de Dieu et de sa suprématie.
    La connaissance de Dieu commence par celle de l’âme et de son humble condition.
    Telle est la Voie à suivre, le Droit Chemin, la Voie ascendante des pèlerins de la Vérité.
    Source: http://tarjama.over-blog.com/

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