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dimanche 12 avril 2015

Ce que m'a appris la solitude- Du doute à la foi - 7 : L’itinéraire spirituel d’un musulman contemporain de Moustafa Mahmoud

Dites-vous la vérité ?

À cette question, tous répondent par l’affirmative, car tout un chacun s’imagine être véridique. Il se peut qu’un tel avoue un mensonge ou deux ; il s’imagine alors avoir atteint le summum de l’exactitude et de la franchise en ayant affirmé une vérité impossible à contrôler.

Permettez cependant que nous revenions ensemble sur cette prétention largement répandue. Nous découvrirons que la véracité est chose extrêmement rare, voire qu’il n’y a quasiment personne qui dise effectivement la vérité.

En fait, nous nous faisons presque tous illusion sur nous-mêmes lorsque nous pensons faire partie de ceux qui disent la vérité.

Bien plus ! Nous commençons à mentir dès notre réveil, avant même que nous n’ayons exprimé le moindre mot.

Parfois, notre simple façon de nous peigner est un mensonge. Celui qui adopte une coiffure à la hippie pour paraître plus jeune qu’il n’est en réalité est un menteur, au même titre que la vieille qui se teint les cheveux pour la même raison.

La perruque sur le crâne du chauve, le dentier dans la bouche de l’édenté, le maillot de sport qui cache un marcel, le corset et la ceinture de flanelle autour d’un ventre bedonnant, le soutien-gorge sur une poitrine épuisée par l’allaitement, tout cela n’est que mensonge.

Le maquillage par lequel on tente de dissimuler les rides du visage est un autre mensonge silencieux.

La poudre, le rouge à lèvres, le fard et les faux cils sont autant d’autres mensonges exprimés par le langage silencieux des faits, avant que quiconque n’ait ouvert la bouche pour parler.

La tresse d’écolière portée par la femme de trente ans est un mensonge.

Le chewing-gum que mâche l’adulte est un mensonge encore plus honteux.

Tout cela, alors que l’on n’a pas soufflé le moindre mot ni desserré les dents !

Et si quelqu’un ouvre la bouche pour dire bonjour, il le fait par habitude, machinalement, autant à l’adresse de ceux auxquels il veut du bien qu’à celle de ceux auxquels il veut du mal. Il ment ! Il invoque la paix sur une personne à l’égard de laquelle il nourrit des sentiments hostiles ; par conséquent, il ment.

S’il prend le téléphone, il se met à demander ce qu’il ne veut pas, tout simplement parce que c’est la coutume… Il ment ! Il se peut qu’il refuse au-dedans de lui-même ce qu’il demande par honte ou affectation. Il ment encore une fois !

Il en est de même du garçon et de la fille qui, deux heures durant, parlent de tout sauf ce de ce qu’ils brûlent d’envie de s’avouer ouvertement l’un à l’autre…

Ou encore de la fille du bar qui entreprend de vous parler d’amour alors que c’est le cadet de ses soucis et qu’elle n’est attirée que par votre portefeuille. Et combien de bouteilles de champagne n’avez-vous pas sablées en son honneur !

La publicité qui vous vante l’arome d’une cigarette et ses avantages pour la santé… un mensonge !

La réclame qui vous dit que le cachet d’aspirine guérit de la grippe… un mensonge, déjà d’un simple point de vue pharmacologique !

Tout ce qui se manigance dans le monde du commerce débute par le mensonge.

La photo du joueur de tennis qui tient en main une bouteille de whisky, celle du lion qui cajole une bouteille de quinquina et celle du champion de course à pied qui fume une cigarette : autant de sortes de mensonges attrayants que vous voyez tapisser les murs et les couvertures de magazines ou apparaître dans les annonces publicitaires au cinéma ou à la télévision, comme si le mensonge faisait impunément partie des mœurs commerciales.

Dans le monde de la politique et des politiciens, dans l’enceinte de l’Organisation des Nations unies et dans la bouche des diplomates, nous constatons que le mensonge est de règle. Le fin du fin dans l’art de la diplomatie consiste même en ceci : comment peut-on donner au mensonge l’apparence de la vérité ? Comment dire ce que l’on ne veut pas dire et cacher ce que l’on veut dire ? Comment aimer ce que l’on hait et haïr ce que l’on aime ?

Cela me rappelle l’anecdote que l’on a racontée de Churchill lorsqu’il vit une tombe sur laquelle était inscrit : « Ci-gît l’homme sincère et le grand politicien… » Il dit en souriant : "C’est bien la première fois que je vois deux hommes enterrés dans le même tombeau !"

Il était impossible pour Churchill que l’homme sincère et le grand politicien fussent un seul et même homme car, pour lui, la première des aptitudes à la grandeur politique était le mensonge.

La condition sine qua non de la politique est que la vérité soit celée au profit de l’intérêt, que le sentiment soit retenu au profit de la rouerie, de l’astuce, de la débrouillardise et de la machination.

Le diplomate qui exprime franchement son sentiment est un diplomate stupide, pour ne pas dire qu’il n’est pas diplomate pour un sou !

Dans le domaine de la religion et du culte, le mensonge caché émerge subrepticement de derrière les rites et les cérémonies.

Le mois de Ramadan, qui est celui du jeûne rituel, se transforme en mois consacré à la nourriture. Les hors-d’œuvre, les douceurs, les conserves au vinaigre… font leur apparition. C’est le mois de la kunâfa, des confitures d’abricots, de beignets au miel, des amandes et des noisettes. La consommation de la viande augmente et les statistiques prouvent qu’elle vient à manquer. Ramadan est devenu le mois où l’on fait bombance.

Sur cent personnes qui prient, plus de quatre-vingt-dix se tiennent devant Dieu, distraites et préoccupées par leur seul bien-être matériel. Dans le culte qu’elles rendent à Dieu, elles ne font en réalité que se prosterner devant leurs intérêts et leurs projets.

Les papes du Moyen-Âge ont vécu dans le luxe des rois et des sultans. Ils ont nagé dans l’or et la soie, jaloux de leur autorité et de leur prestige. Ils ont possédé fiefs et palais au nom de la religion, au nom de l’Évangile qui déclare : « Le riche n’entrera dans le Royaume de Dieu que si le chameau passe par le chas d’une aiguille. »

S’imaginant être propriétaires du paradis, ils sont devenus négociants en indulgences.

En amour également, nous constatons que la tromperie est le comportement le plus communément admis. Chacun se trompe lui-même et trompe l’autre, tantôt de manière consciente, tantôt inconsciemment. On parle d’amour alors qu’en fait, on cherche une bonne excuse, honorable et acceptable, pour parvenir à partager le même lit. L’amant s’imagine que l’amour l’a rendu fou alors qu’en réalité et quoi qu’il en dise, il ne pense qu’à lui-même.

Dans les sociétés civilisées, l’amour est pratiqué comme une sorte de passe-temps, comme une façon de montrer que l’on est expert en la matière. Ou bien on y voit une manière comme une autre d’afficher ses conquêtes.

La parole d’amour est parfois un mensonge mielleux derrière lequel se cache un désir pervers de posséder, accaparer et dominer. Elle peut être aussi un plan minutieusement ourdi, un piège pour accéder à quelque héritage. Dans les cas les plus fréquents, elle est un moyen pour parvenir à un plaisir passager, une façon comme une autre de se mettre du baume au cœur, toute honte bue et sans éprouver le moindre remords.

Elle est notre subterfuge permanent pour vaincre notre sentiment de culpabilité. La femme se dévêt du dernier de ses effets et elle se rassure elle-même en se disant qu’elle est victime de l’amour, que l’amour est un sentiment pur, voulu et décrété par Dieu, qu’elle n’est pas la première à être aimée ni la dernière à se donner.

Nulle part ailleurs que dans l’amour, on ne trouve un tel tissu moelleux de mensonges. En toute parole, dans chaque attouchement gît un mensonge. L’instinct sexuel lui-même est menteur. Avec quelle rapidité ne s’enflamme-t-il pas, pour s’éteindre tout aussi rapidement ! Avec quelle rapidité la gêne et le dégoût ne vous saisissent-ils pas, et vous demandez à changer de nourriture !

La vérité en amour est rare, plus rare que le diamant dans le désert. Elle est le lot des personnes droites, non de la commune masse humaine.

Chants et romans d’amour agissent de concert et complotent eux aussi pour tendre des pièges de mensonges embellis et séduisants. Ce sont des accroches ensorceleuses, faites d’illusions, de rêves en rose, d’images tape-à-l’œil et trompeuses : un baiser, une étreinte, le lit partagé, le plaisir de la souffrance, la morsure de la privation, les larmes sur l’oreiller, la pâmoison de bonheur, la reprise de conscience au moment de la séparation…brume sur brume… parfums et images alléchantes dessinées par la plume d’artistes qui sont de fieffés menteurs !

Le mensonge dans l’art est une habitude ancienne qu’ont introduite les poètes depuis les temps les plus reculés. Les panégyriques et les satires sont, dans notre poésie arabe, la marque de cette habitude néfaste.

L’art est le fruit de la passion, de l’imagination et de l’humeur du moment.

Que de mensonges pour sûr !

Nous mentons même à table, car nous mangeons alors même que nous sommes rassasiés.

Où donc est la vérité ?

Quand survient-il ce bref instant durant lequel nous aspirons au vrai, et au vrai seul ?

Rarement !

Dans le laboratoire du savant qui pose les yeux sur un microscope, en quête d’une vérité.

La raison est alors éveillée, animée d’un désir vrai et sincère, conduite dans sa recherche par une parfaite impartialité. Elle réfléchit en toute objectivité, guidée par des chiffres exacts, des mesures et des lois.

La science est la vision objective des choses, indépendante de la passion et de l’humeur de caractère. Son unique outil est la recherche minutieuse et le regard scrutateur.

L’autre moment de vérité est celui où l’on est seul avec soi-même, lorsque commence ce langage secret, ce dialogue intime où l’on écoute sa voix intérieure, sans crainte qu’aucune autre oreille ne se soit mise furtivement à l’écoute.

On parvient alors au plus secret de son être pour le révéler, le reconnaître et le soustraire aux profondeurs en l’amenant à la surface de la claire conscience, dans un élan sincère de compréhension.

C’est là l’un des moments les plus précieux.

La vie s’arrête à cet instant-là pour en manifester la sagesse.

Le cours du temps s’interrompt pour se muer en un sentiment durable de présence : nous nous trouvons face à la vérité, sans mensonge, ni tricherie, ni fraude, comme à l’heure de la mort et du râle de l’agonie.

Nous découvrons alors que nous avons vécu notre vie entière pour cet instant, que nous avons souffert et peiné pour parvenir à cette précieuse connaissance de nous-mêmes.

Il se peut que cet instant survienne une fois dans la vie et la vie entière en dépend par la suite.

Mais s’il se fait attendre, s’il n’arrive qu’au moment de la mort, la vie est perdue, privée de sens et de sagesse. Elle est dévorée par les mensonges et l’éveil de la conscience se produit lorsqu’il est trop tard.

C’est pourquoi le recueillement a toujours été nécessaire et sacré pour l’homme vivant à une époque qui s’est égarée dans les régions désolées du mensonge et de la falsification. Il est pour lui une bouée de sauvetage, une approche de la délivrance.

L’homme est seul et meurt seul ; il parvient seul à la vérité. Il n’est pas exagéré de décrire le monde d’ici-bas en ces termes : vanité des vanités, tout est vanité et poignée de vent.

Tout ce que nous voyons autour de nous en ce bas monde est caractérisé par la vanité et la fausseté.

Nous nous entretuons par vanité, pour satisfaire un orgueil menteur.

Notre monde est une comédie avant que d’être une tragédie.

Et pourtant, nous brûlons du désir de parvenir au vrai et nous mourons, heureux, sur le chemin qui y mène.

Le pressentiment du vrai nous comble pleinement, même si nous sommes incapables d’y accéder.

Nous sentons qu’il nous remplit le cœur, même si nous ne le voyons pas autour de nous.

Ce sentiment qui nous oppresse est la preuve de l’existence du vrai.

Même si nous ne le voyons pas et n’y accédons pas, le vrai est en nous. Il nous stimule. Il est cet idéal absolu qui ne quitte pas un seul instant notre conscience. Notre regard intérieur est ouvert sur lui, constamment.

La méditation sereine nous achemine vers lui, de même que la science et le regard introspectif.

Notre regard intérieur nous conduit vers lui.

Dans le Coran, Dieu est le Vrai : c’est l’un de ses Beaux-Noms.

Tous les indicateurs intérieurs dont il vient d’être question sont pointés vers Lui.

Il surpasse le monde terrestre. Il le transcende.

Nous Le voyons par notre "clair-voyance", non avec l’œil de notre corps.

Notre esprit, par toute la force de son penchant et de son élan, en est la preuve.

Il est on ne peut plus étrange que d’aucuns nous demandent une preuve de l’existence de Dieu, de l’existence du Vrai, alors qu’ils tendent vers Lui de tout leur être et de tout leur cœur.

Comment peut-Il être objet de doute Celui vers qui sont orientés tous les cœurs, terme de leur affection et but auquel tend tout regard "clair-voyant" ?

Comment douter de son existence, alors qu’Il est maître de tous nos sentiments ?

Comment douter du Vrai et demander à ce qui n’est que vanité d’en fournir la preuve ?

Comment déchoir, sous l’effet d’une logique frauduleuse, à un tel degré de contradiction et faire de ce qui est le cœur même de l’Être et la Vérité des vérités l’objet d’une question ?

Je n’ai de conseil plus précieux à donner que celui-ci : que chacun d’entre nous retourne à sa nature première ; qu’il revienne à son état de pureté et d’innocence originelles, non polluées par les circonlocutions de la logique et les distorsions de la raison.

Que chacun, dans la solitude, interroge son cœur ! Et son cœur lui montrera le chemin de la vérité.

Dieu a déposé en notre cœur une boussole infaillible : notre nature originelle et la connaissance spontanée.

Cette nature n’est sujette à aucune altération ou déformation, car elle le pivot et le cœur de l’existence. C’est sur elle que repose le tout de la connaissance et de la science.

« Accomplis les obligations de la religion en vrai croyant

et respectant la nature que Dieu a donnée aux hommes en les créant.

Il n’y a aucun changement dans la création de Dieu. » (Coran : 30, 30)

Dieu a voulu que cette nature tende vers Lui continuellement et soit attirée par Lui, comme l’aiguille de la boussole pointant vers le nord.

Que chacun de nous soit comme le lui dicte sa nature, sans plus !

Et sa nature lui indiquera le Vrai.

Sa nature originelle le conduira vers Dieu. Tout simplement…

Sois ce que tu es !

Et tu te guideras toi-même vers le Droit Sentier.
      Source: http://tarjama.over-blog.com/

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