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vendredi 22 juin 2018

Les mérites de la prière par Abou Hamed Al-Ghazâli





 La prière est la colonne dorsale ('imâd ad-dîn) de la foi et la tâche éclatante des actes de dévotion (at-tâ'ât).
Beaucoup de traditions ont été rapportées sur les mérites de la prière dont le recueillement (al-khushû') est l'une des meilleures règles de bienséance. Ainsi on rapporte, d'après 'Uthmân ibn 'Affân - رضى الله عنه - que le Prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a dit : « Pour tout individu qui, à l'heure de la prière prescrite, accomplit bien ses ablutions et l'observe convenablement dans un parfait recueillement, cette prière constitue une expiration pour les péchés commis auparavant tant qu'il n'aura pas commis un péché majeur. Et ceci lui est assuré pour toute sa vie ».
Dans un autre Hadîth rapporté par le même 'Uthmân - رضى الله عنه -, le Prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a dit : « A celui qui accomplit une prière de deux rak'a au cours des lesquelles il ne parle pas, on lui pardonnera tous ses péchés antérieurs ».
Ainsi, lorsqu'il se levait pour accomplir la prière, Abdullâh ibn az-Zubayr - رضى الله عنهما - se maintenait debout dans le recueillement tel un morceau de bois. Lorsqu'il se prosternait, les oiseaux se mettaient sur son dos croyant qu'il s'agissait d'une partie inerte d'un mur. Un jour, pendant qu'il priait dans le parvis de la Ka'ba, une pierre lancée par des catapultes l'effleura et lui enleva une partie de ses vêtements, mais il ne quitta pas sa prière.
De même Maymûn ibn Mihrân disait : « Je n'ai jamais vu Muslim ibn Yassar se retourner dans sa prière. Un jour, une partie de la mosquée s'est écroulée. Les gens présents furent effrayés, il était dans la mosquée ce jour-là mais il ne s'est pas retourné. Par ailleurs, lorsqu'il entrait chez lui, les gens de sa maison se muraient dans le silence et lorsqu'il se levait pour la prière, ils se mettaient à bavarder et à rire ». Pour sa part, lorsqu'il accomplissait les ablutions mineures, le visage de 'Alî ibn al-Hasan - رضى الله عنهما - devenait blême. On lui a demandé : « Que t'arrive-t-il lorsque tu fais tes ablutions mineures ? ».
Il a répondu : « Savez-vous devant qui je me mets debout ? »
Sache que la prière comporte des fondements, des obligations et des règles relevant de la Sunna, et que son esprit se trouve dans l'intention, la sincérité, le recueillement et la présence du Cœur. En effet, la prière renferme des récitations, des dialogues intimes et des actes. Aussi, en cas d'absence du cœur, le but recherché par les invocations et les conversations intimes ne se réalise plus, parce que l'articulation des membres devient du simple délire lorsqu'elle n'exprime pas ce qu'il y a dans la conscience.
De même que le but recherché par les gestes n'est pas atteint non plus, si le but de la posture debout c'est le service divin, si par ruku' (inclinaison) et par le sujûd (prosternation), on recherche l'humilité et la vénération et si le cœur n'est pas présent, le dessein visé à travers tout cela n'est pas atteint. En effet, lorsque l'acte dépasse le but recherché, il devient une forme sans valeur. Allah - تعال - dit : 
  { Ni leur chair, ni leur sang n'atteindront jamais Allah ; mais votre crainte révérencielle L'atteindra }. (Qur'ân : Al-Hajj [22] - 37). Le dessein visé, c'est que ce qui fait parvenir à Allah - سبحانه وتعالى -, c'est cette qualité qui s'empare du cœur au point de l'amener à se conformer aux commandements exigés. Donc, la présence du cœur dans la prière est nécessaire. Tout ce qu'il y a, c'est que la Loi religieuse (Châri'a) a toléré ces moments d'inadvertance parce qu'en fin de compte la présence du cœur au début de la prière s'applique quant à sa disposition jusqu'à la fin . cet acte de dévotion.
Cela dit les sens qui donnent vie à la prière sont multiples et nombreux :
- Le premier sens : la présence du cœur (hudûr al qalb) comme nous l'avons indiqué. Cela signifie que le cœur doit se vider de tout ce qui ne l'absorbe pas, car la cause en cela réside dans la préoccupation. En effet, lorsqu'une chose te préoccupe, ton cœur devient nécessairement présent. Il n'y a donc aucun autre remède pour assurer sa présence que de concentrer sa préoccupation sur la prière. Mais l'action de concentrer et de diriger la préoccupation peut faiblir et se renforcer en fonction du degré de puissance de la foi en la vie future et du mépris du bas-monde. Ainsi lorsque tu vois que ton cœur n'est pas présent dans la prière, sache que la cause en est la faiblesse de la foi (da'f al-imân). Efforce-toi donc de renforcer ta croyance.
- Le deuxième sens : la compréhension du sens des paroles (tafahhum li-ma'nâ al-kalâm) car il s'agit d'une question qui déborde la présence du cœur. En effet, il arrive au cœur d'être présent avec les mots à l'exclusion du sens. Il convient donc de diriger le mental vers la perception du sens en repoussant les associations d'idées (al-khawâtir) préoccupantes et en coupant cours à leurs matières, car si les matières ne sont pas coupées, l'association d'idées ne les quitte pas. Or ces matières sont, soit extérieures comme tout ce qu'absorbent l'ouïe et la vue, soit intérieures, et il est plus difficile de s'en débarrasser, comme lorsqu'on est harassé par les soucis dans les méandres du bas-monde. La pensée ne peut plus se concentrer sur un seul objet, et le fait, par exemple, de baisser le regard ne suffit plus parce que ce qui a touché le cœur est déjà suffisant pour l'occuper. Le remède pour cela, lorsqu'il s'agit des matières extérieures, consiste à couper court à ce qui occupe l'ouïe et la vue. Ce remède consiste pour l'orant à se rapprocher de la qibla, à regarder l'endroit où il se prosterne, à se méfier en prière des objets et des espaces décorés, à ne rien garder auprès de soi qui puisse absorber les sens. En effet lorsque le Prophète - صلى الله عليه وآله وسلم - a prié dans un vêtement qui portait des motifs décoratifs, il l'a enlevé en disant:« Il a, tout à l'heure, détourné ma concentration dans la prière ». S'il s'agit de matières intérieures, le moyen pour y remédier consiste pour le fidèle à ramener par la force son âme à la récitation qu'il fait dans la prière et à l'en occuper. Il doit se préparer avant d'entrer en prière, en réglant ses affaires, en s'efforçant de vider son cœur et en ravivant le souvenir de la vie future, la gravité de se trouver (khatr al-qiyâm bayna yaday Allah - 'azza wa jalla -) en présence de Allah
 - عز وجل - et l'horreur des débuts du Jour des comptes. Si ses pensées ne s'apaisent pas devant tout cela, qu'il sache alors qu'il ne pense en fait qu'à ce qui l'intéresse et à ce qu'il désire. Il doit abandonner ces désirs et rompre avec ses attaches.
Sache également que lorsque le mal est enraciné, seul un remède puissant peut l'enrayer. Si ce mal devient puissant, il ne cesse d'attirer l'orant qui passe son temps à s'en débarrasser tout au long de la prière, qui se passe ainsi entre attraction et arrachement. Cela s'apparente au cas d'un homme se trouvant sous un arbre, qui désire avoir des idées claires alors qu'autour de lui, le bruit des oiseaux le gêne. Aussi, il se met à les chasser avec un bâton, mais dès que sa pensée devient claire, les oiseaux reviennent à la charge et il se met à les chasser. On lui a dit alors : « C'est quelque chose qui ne cessera pas. Si tu veux en être délivré, tu dois couper l'arbre ».
Il en va de même de l'arbre du désir : lorsqu'il grandit et que ses branches se ramifient, il attire les pensées à l'instar de l'attirance des oiseaux par les arbres et des mouches par les saletés. Ainsi toute la vie de l'âme s'épuise à repousser ce qui ne peut être repoussé. Or la cause de ce désir, qui implique tout cet éparpillement des pensées, c'est l'amour du bas-monde.
On a demandé à 'Âmir ibn Abd Qays - رحمه الله - :
« Ton âme te fait-elle penser à quelque chose parmi les affaires du bas-monde pendant que tu es en prière ? »
Il a répondu : « Je préfère être transpercé par les lances plutôt que de connaître ce genre de choses ! »
Sache également que déraciner du cœur l'amour du bas-monde ( qat'u hubb ad-dunyâ) est une chose difficile et que l'effacer entièrement est chose rare. Aussi il convient de s'y exercer dans la mesure du possible. Et c'est Allah qui accorde le succès et l'assistance ( wa Allah al-muwaffiq wa al-mu'în).
— Le troisième sens : c'est le respect et la vénération de Allah. Ceci est généré par deux choses : la connaissance de la Majesté ( ma'rifatu l-jalâl) et de la Grandeur ('adhamatu) d'Allah - تعال - et la connaissance du caractère vil de l'âme et de sa propension à la servitude. Ces deux sortes de connaissances produisent à leur tour la soumission (al-istikâna) et le recueillement (al-khuchû').
Tout cela génère également l'espérance (ar-rajâ) et son opposé la crainte (al-khawf). En effet, bien des personnes qui vénèrent un roi craignent sa puissance et espèrent sa bienveillance.
Aussi, l'Orant (al-musallâ) doit, par sa prière, espérer la récompense et en même temps, du fait de ses manquements, craindre le châtiment. C'est dire que l'orant (al-musallâ) doit avoir son cœur présent à tout ce qu'il fait ou entend à l'occasion de la prière. Ainsi, lorsqu'il entend l'appel à la prière, il doit se représenter le grand Appel du Jour de la Résurrection et s'apprêter à répondre à l'appel ; il doit donc voir à qui il répond et avec quel corps il se présente.
De même, lorsqu'il cache sa nudité, qu'il sache qu'à travers cet acte le but visé est de soustraire les actions honteuses de son corps aux regards des créatures. Qu'il se rappelle les nudités de son intérieur et les hontes de son secret intime qui ne sont connues que du Créateur, et qu'il sache que rien ne peut les soustraire au regard d'Allah et qu'elles ne peuvent être expiées que par les regrets, la pudeur et la crainte.
Lorsqu'il se met en direction de la qibla, il se détourne de toutes les directions et tourne son visage dans la direction de la Maison d'Allah - تعال - . Il doit savoir que tourner son cœur vers Allah - تعال - est plus important que tout le reste. Or, il ne se tourne dans la direction de la Maison d'Allah - تعال - que s'il se détourne de tout le reste, de même que son cœur ne se tourne vraiment vers Allah - تعال - que s'il se détourne complètement de tout ce qui est autre que Lui.
ô orant ! (ayyuhâ l-musallâ) Lorsque tu prononces le premier takbîr (le fait d'affirmer la Grandeur d'Allah) que ton cœur ne démente pas ta langue parce que s'il y a dans ton cœur quelque chose de plus grand qu'Allah - تعال - tu as menti. Prends garde à ce que le désir soit chez toi plus grand en préférant la soumission à ta passion plutôt que d'obéir à Allah - تعال -.
Ensuite, lorsque tu cherches refuge auprès d'Allah par la formule d'al-isti'âdha, sache que celle-ci est une demande de protection auprès d'Allah - سبحانه - . Aussi si tu ne te réfugies pas avec ton cœur, tes paroles sont vaines. Donc comprends bien le sens de ce que tu récites et sois présent avec ton cœur dans la compréhension en disant : { Louange à Allah, le Seigneur des mondes }. Représente-toi également Sa bienveillance en disant : { Le Tout-Miséricordieux, Le Très Miséricordieux }» , ainsi que Sa Grandeur en disant : { Le Roi du jour du jugement }, etc. au fur et à mesure que tu avances dans ta récitation.
On rapporte que Zarâra Ibn Abî 'Awfa - رضى الله عنه - tomba raide après avoir récité le verset suivant au cours de sa prière : { Lorsque l'on sonnera de la Trompette } (Qu'rân : [74]- 8). En se représentant ce verset, il fut si profondément ému, qu'il perdit la vie.
De même tu dois ressentir, au cours de ton rukû', modestie et être durant ton sujûd encore plus humble car tu as mis ton âme à sa juste place et tu as ramené la ramification à son principe et à son origine en te prosternant sur la terre d'où tu es issu. Tu dois également saisir le sens des invocations par le goût spirituel.
Sache ainsi que l'accomplissement de la prière selon ces conditions constitue la cause du polissage du cœur (jalâ al-qalb) et de son illumination par des lumières par lesquelles on aperçoit la Grandeur de Celui qui est adoré et on connaît Ses secrets. Mais ceci n'est compris que par ceux qui savent. Quant à celui qui ne maintient que la forme de la prière sans s'occuper de son esprit, il ne connaît rien de tout cela ou plutôt, il nie son existence.

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